L’entrepreneuriat dans les RH : l’avenir?

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Je me positionne aujourd’hui de plus en plus sur certains sujets, dont je parle depuis un moment : la crise profonde que traverse le métier de RH, les fondements à reconstruire, mon questionnement sur la notion même de salariat…et sur le féminisme en entreprise, le côté très patriarcal des entreprises, les liens entre carrière et genre. Je vais m’exprimer de plus en plus sur ces sujets dans les prochains mois.


Le sujet que je creuse particulièrement, vous l’aurez peut être remarqué pour les plus adeptes du podcast, est le salariat versus l’entrepreneuriat, dans le métier de RH. Je me pose de plus en plus de questions : pourquoi supposer que le salariat est la voie « normale » ? Pourquoi ne m’a t’on pas présenté les autres voies qui s’ouvraient à moi plus tôt ?


On m’a présenté le parcours RH de façon très classique : tu commenceras assistante RH, puis chargée RH, responsable RH, éventuellement DRH si tu travailles très bien, et ensuite quand tu auras beaucoup d’expérience, tu pourras passer consultante et expliquer comment tu faisais pour être DRH. Mais être une « bonne salariée » ne fait pas de soi une bonne consultante. Ce sont deux métiers très différents qui ne nécessitent pas du tout les mêmes compétences et j’aurais aimé le comprendre plus tôt, au lieu de me dire que je n’avais aucune légitimité à me lancer comme entrepreneure à mes 25 ans. Ce qui a fait d’ailleurs que je me suis complètement embourbée dans mon premier projet, avant la Sororité RH : isolée, timide et sans légitimité, je me créais une vraie usine à gaz qui m’a envoyée droit dans le mur. Puis à force, j’ai pu apprendre, m’entourer, échanger et comprendre les bases de l’entrepreneuriat et ce qui est vraiment important pour s’y épanouir. Le chemin est encore à son démarrage, j’ai des milliers de choses à découvrir encore !


C’est d’ailleurs un parcours RH très féminin qui m’a été présenté. Les témoignages que je recueille concernant nos collègues masculins sont plutôt différents : ils ne passent pas par la case assistant RH, par exemple. J’ai eu beaucoup de mal à dénicher Fabien, avec qui j’ai discuté dans l’épisode 25. Les profils d’assistants RH sont très rares !


Les hommes ne vont pas du tout emprunter les mêmes carrières que les femmes : si elles vont plus souvent se diriger vers des carrières généralistes, ces messieurs sont plus souvent des experts : expert paie, recruteur chasseur de têtes, expert SIRH…ou DRH bien sur.


Mais au-delà de ça, j’ai envie de questionner le salariat : n’est il pas dépassé aujourd’hui ? Le salariat est critiqué depuis le 19ème, même si je considère que jusqu’à la génération des baby boomers ça allait encore : le contrat était clair, tu donnes ta force de travail à ton entreprise et celle ci te fournit salaire, et protection, pour toute ta carrière. Ce qui donnait des carrières longues, parfois toute la vie professionnelle, dans la même organisation. Le contrat est devenu plus flou avec la génération X, celle de mes parents, qui représentent bien le cliché de cette génération : tous les deux débarqués de leur entreprise à la cinquantaine et se demandant quoi faire maintenant, quand ils sont considérés comme périmés. Lors de mon unique expérience en recrutement pur, c’est le biais discriminatoire qui était le plus souvent demandé. Pour caricaturer un peu, je devais chercher dans bien des cas un homme blanc entre 27 et 40 ans, qui habite à côté de l’entreprise. Ca limite vite les recherches sur les métiers en tension ! Et pourtant cela continue. Le contrat est devenu beaucoup moins clair : fini la protection pour toute la vie pro ! Alors, est il toujours intéressant de rester salarié ? La génération Y, la mienne, et encore plus la génération Z, remette clairement ce modèle en question. Et je les comprends totalement : à quoi bon ? Pourquoi donnerai je ma force de travail, ma créativité et mon temps ( et beaucoup de mon temps, quand on sait que nous passons 80 000 heures de notre vie au travail!), quand je ne possède pas cette entreprise, et que je ne peux pas investir en elle ? (j’écarte ici les entreprises qui commencent à proposer aux salariés d’être actionnaires)


Je compare un peu le salariat à la location : plus sécurisant, car on signe une sorte de « bail » défini (CDD) ou indéfini (CDI) mais jamais je ne posséderai une part de l’entreprise, et si je pars, je n’emmène éventuellement que l’expérience acquise. L’entrepreneuriat est certes beaucoup plus in sécurisant, mais amène un plus grand potentiel à mon sens : mon salaire n’a pas de limites que ce que je peux vendre, j’ai la liberté de travailler quand je le souhaite et pas quand mon supérieur me le dicte, et mon projet m’appartient. Si je décide de le revendre ou de l’abandonner, c’est mon choix. L’entrepreneuriat m’a permis de prendre mon indépendance professionnelle.


Et pour les RH, je trouve également que c’est un moyen de prendre son indépendance d’esprit : je pense qu’il y a un vrai conflit d’intérêt à être RH salariée. J’entends par là qu’il me paraît impossible d’être impartiale en souhaitant l’épanouissement des salariés quand le souhait de la direction est ailleurs. Bien sur, il existe des entreprises qui font coïncider croissance de l’entreprise et épanouissement professionnel de ses collaborateurs, mais il faut « bien tomber ». Ou faire un vrai travail de définition de ses valeurs et de détermination des valeurs des entreprises où l’on postule, pour faire coïncider les deux. Pas facile dans la vraie vie où beaucoup d’entreprises ne savent pas définir leurs valeurs et choisissent celles bien vues, à la mode, comme l’agilité, la confiance ou l’esprit de conquête.


Je me dis que le statut d’indépendante peut être une alternative pour bien des femmes RH qui se sentent à l’étroit dans ce statut salarié et qui sentent ce conflit de valeurs. Dégagées de l’aspect contractuel de la relation hiérarchique, il est complètement différent de conseiller le dirigeant d’une entreprise. Je le vois comme une façon de reprendre le pouvoir sur la façon de donner de sa force de travail et de ses capacités de conseil, que bien des femmes RH possèdent.


J’ai de plus en plus d’échanges avec ces femmes qui deviennent RH indépendantes après avoir expérimenté le salariat, et ce sont des données très intéressantes qui sont dégagées de ces conversations : les difficultés mais aussi les joies apportées par ce statut, et un alignement unanimement partagé, même si ce statut n’est pas toujours éternel.


Je vais travailler dans les prochaines semaines sur ce sujet du statut de RH indépendante, et j’ai déjà commencé, peut être avez vous passer sur les réseaux l’enquête que je proposais aux femmes RH à propos de leur carrière et leur avenir.


J’ai de nouveaux projets pour la Sororité RH, plutôt ambitieux, que je commencerai à vous dévoiler mercredi, quand je sortirai sur le blog le résultat de l’étude faite auprès des femmes RH concernant leurs souhaits de carrière. J’annoncerai ensuite une surprise, qui je l’espère, vous plaira !


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