Etre RH ou être salariée : il va bientôt falloir choisir

version audio de l’article :

Au bout de 20 épisodes de podcast des RH de la Vraie Vie, le constat que je fais depuis un moment ne me semble que se préciser : la fonction RH va changer.

Je le lis partout, tous les jours paraissent des publications parlant des nouvelles prérogatives des DRH, de la manière dont les RH devront gérer leur fonction pour faire face aux nouveaux défis, notamment la digitalisation, l’uberisation…Mais comme toujours on oublie un sujet : que vont devenir les RH elles mêmes ?

J’ai d’abord fait ma petite enquête en comparant deux résultats. D’un côté, le nombre d’annonces publiées ces deux dernières semaines sur un des plus grands sites emploi : Indeed. En tapant « RH » et en éliminant les stages, alternances, et missions de freelancing, je trouve 598 résultats pour la France entière. Vous me direz, tous les postes à pourvoir ne sont pas visibles sur les sites d’emploi.

Mais en parallèle, je me suis rendue sur Malt, la plus grande plateforme de freelancing, et j’ai cherché également les personnes du domaine RH. Rien que pour la France, 522 résultats sont ressortis. Je retrouve donc quasiment autant de professionnel.les indépendants en recherche de missions RH que de postes affichés à pourvoir. Il y a quelques temps, je me serais attendue à une répartition différentes, avec davantage de postes salariés libres que d’indépendants en recherche de missions. Après tout, RH est plutôt un métier de salariat, non ? Eh bien à mon humble avis, plus pour très longtemps.

Je tiens tout d’abord à dire que dans cet article, je parle des postes RH généralistes : assistante RH, chargée RH, RRH, voire DRH, même si je mets ce poste de direction un peu à part. La Sororité RH est composée de beaucoup de ces professionnelles généralistes qui ont pour mission d’accompagner les collaborateur.ices de leur organisation, tout en accompagnant la stratégie de l’entreprise. La personne ressource qui fait le lien entre la direction et le personnel.

J’ai échangé avec beaucoup de ces femmes RH généralistes (parce que c’est un métier très féminisé, ne nous le cachons pas, les hommes et les femmes RH n’occupent pas les mêmes postes) notamment via le podcast, et quasiment à chaque épisode, je leur propose d’évoquer l’avenir de la fonction RH. On me parle à chaque fois de la digitalisation de la fonction et de ces tâches. Tout le monde s’accorde là dessus. Mais sur l’avenir des postes en eux mêmes, j’ai vu deux écoles se dessiner :

– d’un côté, celles qui pensent que les entreprises vont réaliser la pertinence du métier de RH, l’importance du capital humain et donneront une vraie place à la fonction en la remettant au cœur de l’entreprise (non, ce n’est pas le cas aujourd’hui dans 95 % des entreprises)

– de l’autre, celles qui voient plutôt le fait que la digitalisation des taches RH va amener les entreprises à externaliser petit à petit les thématiques les unes après les autres : paie via un cabinet comptable, recrutements faits en externe, GPEC par des consultant.es…et à terme, supprimer la fonction RH, qui ne servirait « plus à rien ».

Personnellement, ma vision est celle de la seconde catégorie. Non pas qu’elle m’enchante. Mais si l’on regarde comment évoluent les autres secteurs d’activité, il faut bien se rendre à l’évidence. L’uberisation de l’économie touche tout le monde, et les RH aussi. De nombreux métiers commencent à être accessibles via le statut d’auto-entrepreneur, et pas que les livreurs à vélo.

Je suis retournée sur Indeed et ai tapé « auto entrepreneur » pour observer quels métiers ressortent. En vrac : commercial, technicien de raccordement cuivre, agent d’entretien, chargé de communication, vendeur en bijouterie, secrétaire médicale, assistant administratif, formateur, chauffeur livreur, inventoriste, électricien, esthéticien, fleuriste…La liste est longue ! Et le métier de RH y figure déjà, comme je l’ai vu sur Malt et ses 522 professionnel.les disponibles.

L’uberisation est là, et j’assène : je pense sincèrement que d’ici une dizaine, une quinzaine d’années, il n’existera quasiment plus de postes en salariat d’assistante RH, chargée RH, responsable RH. Ce seront des indépendantes qui rempliront cette fonction. Et je ne pense pas que ce soit forcément une mauvaise nouvelle.

Je n’entends que trop de professionnelles RH trouver dommage d’être si peu prises au sérieux dans leurs entreprises, voir leur direction faire passer le financier avant l’humain, mépriser l’intérêt de ce dernier. J’ai entendu des RH fatiguées de se battre au quotidien pour faire entendre leur voix, pour avoir une place au Codir, pour lancer les projets qu’elles trouvent pertinents d’un point de vue humain. Et si le problème était le statut ? Si le problème était que les RH sont salariées ?

Le métier de RH m’a toujours paru comme un conflit d’intérêt majeur : payée par la direction, mais au service de la direction, et des salariés. Quand tout le monde est d’accord, ça roule. Mais si les avis diffèrent, et qu’une cassure se crée, de quel côté se met la RH ? Dans mes études on me disait : « parfaitement entre les deux « . Aujourd’hui je réponds : c’est impossible ! Du moins tant que je suis payée par la direction de l’entreprise.

La phrase d’un ancien chef résonne encore dans ma tête « n’oublie pas qui te paye ». Etre parfaitement à la jonction entre les collaborateur.ices et la direction est une vue de l’esprit. Il n’est pas possible de gérer une relation hierarchique et d’avoir dans le même temps une liberté d’action. Il faut être extérieure à la situation pour ça. Et le statut indépendant le permet.

Une indépendante n’a pas un supérieur, mais un client. S’il ou elle n’est pas content.e de sa prestation, il ou elle peut bien sur arrêter le contrat. Mais à l’inverse, si l’indépendante ne se retrouve pas dans les décisions de la direction, elle n’a pas à les représenter comme le ferait une RH salariée, car cette dernière est salariée, justement ! Et elle reçoit des directives, que ça lui convienne, ou pas. Bien sur, une solution peut être de chercher une entreprise qui partage exactement les mêmes valeurs que les siennes. Nombreuses sont les RH dans cette quête ! Mais c’est un quête, non pas vaine, mais extrèmement compliquée. Dans un secteur archi bouché, avec des professionnelles de plus en plus nombreuses, car pas mal de femmes entendent le mot « humaines » dans RH, et se reconvertissent vers cette profession, faute de trouver du sens dans leur précédent emploi. Et elles arrivent sur le marché ultra concurrentiel d’un métier en crise.

Mais alors, le métier de RH va mourir ?

Non ! Je vois se profiler un constat : il faudra simplement à terme choisir entre le statut de salariée, et le métier de RH généraliste. Et les deux solutions sont bonnes ! Je pointe simplement le fait que conjuguer les deux deviendra dans quelques années très difficile.

Et notons que je parle des postes spécifiquement généralistes. Les études parlant des futurs métiers RH se recoupent toutes : les métiers RH de demain sont responsable SIRH, responsable paie, les métiers d’acquisition de talents…Il y a encore beaucoup à faire en RH. Je pense juste qu’il faudra faire progressivement le deuil d’une fonction généraliste qui de base, fonctionnait très mal. Est ce un problème en ce cas ? Faut il vraiment s’accrocher coute que coute à une fonction défaillante?

Je crois en la possibilité d’un accompagnement RH des entreprises par des indépendantes/freelance/agences. Mais il y a un écueil dans lequel il ne faudra pas tomber : la précarisation de ces personnes.

Le problème des livreurs Uber n’est pas qu’ils soient indépendants. C’est qu’ils sont précaires car ils ont à la fois les contraintes du salariat et celles de l’entrepreneuriat. Ils n’ont aucune protection salariée, donc pas de chômage, d’indemnités maladie ou retraite, pas de salaire fixe, mais n’ont pas non plus la liberté de l’entrepreneur, car ils n’ont qu’un seul client tout puissant ! Uber prélève en effet par exemple 22 % de commission sur tout ce que perçoit un livreur. Et l’entreprise a toute puissance pour décider unilatéralement de ce pourcentage. Pour plus de données sur le quotidien des livreurs Uber, je vous invite à lire le passionnant article publié dans le dernier numéro de Fakir, le journal de François Ruffin. C’est édifiant. J’espère sincèrement que ce sort ne sera pas celui des RH indépendantes de demain. Et c’est aujourd’hui qu’il faut faire en sorte que ce futur n’existe pas !

C’est aujourd’hui qu’il faut créer des structures sécurisantes, transparentes et aux valeurs humaines pour permettre aux RH indépendantes d’exercer correctement et de ne pas se retrouver lâchées dans une jungle hostile avec des clients tout puissants. C’est le danger de bien des entrepreneurs : se retrouver avec un client unique et donc, prisonnier de celui ci. Si ce client arrête le contrat, tout est perdu. Alors que pour une professionnelle telle que Carole, l’invitée de l’épisode 20 des RH de la Vraie Vie, qui a de nombreux clients, si une mission s’arrête, cela ne signifie pas la chute de son entreprise ! Il faudra juste trouver une nouvelle mission.

Mon discours peut paraître effrayant et pessimiste mais il n’en est rien. Je ne fais que pointer du doigt la réalité de plein de professions et qui commence à toucher également les RH. Anticipons nous même le futur de la fonction, avant de se faire…Manger !

Traitement en cours…
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3 commentaires sur “Etre RH ou être salariée : il va bientôt falloir choisir

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  1. Article très pertinent! Je suis totalement d’accord et je suis personnellement concernée par cette envie de passer en freelance/consultante pour éviter d’avoir à porter des décisions qui ne me conviennent pas. Vigilance bien sûr à la précarisation que ça peut engendrer. Merci Marie pour cet article !

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