ANALYSE – RH de la Vraie Vie – Episode 1 – Patricia : Revendiquer sa place en RH

Lundi est paru le premier épisode du podcast de la Sororité RH, “Les RH de la Vraie Vie” (pour celles qui n’auraient pas suivi, le lien vers l’article sur le sujet est ici) .

J’ai choisi de conserver, pendant l’entretien avec chaque femme des RH qui passera au micro du podcast, une certaine neutralité presque journalistique, pour ne pas perturber les confidences faites par notre participante de la semaine. Mais je trouve également intéressant de vous proposer ensuite, une analyse plus poussée autour de cette conversation, pour y réfléchir et s’enrichir de l’expérience de chacune. Vos avis sont d’ailleurs les bienvenus pour étoffer la discussion!

Notre première participante au podcast a donc été Patricia, qui occupe un poste de RRH dans le secteur de l’hôtellerie. Patricia nous a parlé de son attrait pour les Ressources Humaines en évoquant l’animation et la stimulation de ce métier sans routine, qui lui permet d’accompagner chaque jour ses collaborateurs, trouver des solutions et être utile, en plus d’être elle même stimulée intellectuellement.

Mais il y a un mais. Les valeurs de son entreprise ne sont pas en accord avec les siennes. Quand Patricia parle humain et construction à long terme, sa direction lui répond chiffres et rentabilité. Et surtout, de rester à sa place. Dans cet environnement, la fonction RH est vue comme une fonction administrative, et non pas stratégique.

Cette entreprise semble manque cruellement de cohésion et d’agilité, et le paye avec la crise que nous traversons. Ce sont en effet les entreprises les plus souples et les équipes soudées qui pourront le plus facilement traverser la tempête dans lequel nous sommes. Et nous ne sommes encore que dans l’œil de ce cyclone. Nous n’avons encore aucun recul sur la crise économique actuelle, ni même la sanitaire. Le monde actuel, qui avait déjà tendance à privilégier le court terme (qui est une composante du système capitaliste), se replie sur lui même, les entreprises se crispent, et les RH aussi.

Comme beaucoup, l’entreprise de Patricia a peur du changement. J’ai eu l’impression qu’elle décrivait un paquebot de 200 salariés, qui peine à pencher à bâbord ou tribord en fonction des remous. Comme beaucoup d’organisations.

Mais Patricia risque de s’épuiser. Elle qui rêve d’accompagner au plus près la direction, doit elle continuer de se battre, subir la situation, ou choisir de fuir et tenter autre chose? A elle d’en décider.

Une chose que j’ai notée également est que Patricia souhaite plus de pouvoir. Elle a conscience de ce que peut apporter sa place et son poste et souhaite faire profiter de ses compétences sa direction. C’est pour quoi elle demande une place au comité de direction. Place qui lui est refusée, on revient à la thèse de base, dans cette entreprise, la fonction RH est une fonction administrative. Pas stratégique. Et visiblement, ce n’est pas près de changer.

Je pense aussi que Patricia subit en quelque sorte sa position de femme. Nous souffrons encore de l’image qui veut que les femmes ne sont pas faites pour bénéficier de pouvoir, qu’elles ne savent qu’en faire, et qu’il vaut mieux qu’elles écoutent les hommes, plus sages et expérimentés. Les femmes, dominées par leurs “humeurs” seraient bien trop sensibles et lunatiques !

Vous allez me dire “oui mais Marie, Patricia nous a dit que la P-DG est une femme !” Alors oui. Mais elle est surtout la fille de l’ancien P-DG. Qui, je suis prête à en mettre ma main au feu, conserve, via ce lien de sang, un regard sur les décisions prises dans la société. Le lien filial a pris le pas sur le genre de la repreneuse, cela compte peu dans la situation présente.

Alors que peut faire Patricia, une fois ces constats faits?

Les besoins sont assez clairs ici. Patricia a besoin de reconnaissance. Elle souhaite redorer le blason de la fonction RH, et par là même prouver sa propre valeur, sa propre utilité. C’est un besoin fondamental de l’être humain, si vous connaissez la pyramide de Maslow, je sais que vous en êtes déjà convaincues. C’est souvent la première chose dont les collaborateurices disent manquer. Les RH n’y font pas exception !

Mais Patricia peut elle obtenir cette reconnaissance dans cet environnement, un milieu qui ne souhaite pas particulièrement l’accompagnement de la fonction RH?

Elle a déjà commencé à parcourir un autre chemin et l’évoque : se la fournir elle même. Patricia est consciente de son potentiel et de l’utilité qu’elle apporte à celleux qui l’entourent. N’attendons pas trop de la part des autres une reconnaissance que nous pouvons nous fournir à nous mêmes. Aimons nous comme une amie le ferait pour nous.

Patricia nous dit également qu’elle est hypersensible, ce qui peut expliquer cette sensation de décalage par rapport aux autres, et ces besoins non satisfaits. Les hypersensibles vivent tout plus fort et ont beaucoup à apporter. Alors autant baigner dans un environnement qui permet de s’épanouir et d’apporter au monde tous les bienfaits possibles. Et c’est valable aussi pour les personnes qui ne sont pas hypersensibles, évidement !

En fin de podcast, quand j’évoque l’avenir de la fonction, les paroles de Patricia sonnent très juste : elle évoque la digitalisation de la fonction, et le temps libre qui va en résulter. Que vont en faire les RH? Pour le moment, j’observe que le temps gagné sert à mettre en place plus de contrôle. La peur de l’incertitude est telle que plus la technologie nous permet de dégager du temps, plus ce temps est dévolu à contrôler cette technologie, à vérifier les données. Serait ce dans le fond une peur de ce temps libre, et de ce que nous pourrions en faire ? Nous n’avons jamais autant travaillé qu’à notre époque. Cela ne parait pas surprenant, à l’ère de la robotisation ? Si le sujet vous intéresse, je vous conseille l’excellent livre de Ruth Bregman, “Utopies Réalistes”. Trois essais sur l’avenir du monde dont j’adore la teneur.

En conclusion de notre conversation, Patricia semble se donner un conseil à elle même : rester soi même. En effet, quoi de plus important ? Une entreprise mérite t’elle que l’on sacrifie qui on est pour se conformer à qui elle voudrait que l’on soit?

J’espère que cette petite analyse vous a plu!

Et si vous voulez participer au podcast et donc avoir la votre, n’hésitez pas à m’envoyer un petit mail à sororiterh@gmail.com !

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