Pourquoi les hommes et les femmes n’occupent pas les mêmes postes en RH

Avant de rédiger un article, je commence souvent par une petite recherche sur les moteurs de recherche pour voir ce qui ressort sur le sujet qui m’intéresse. En l’occurrence j’avais tapé sur mon clavier « femme et sens du service ». J’ai cliqué sur le premier article et ai été horrifiée. Selon celui-ci, les femmes « ont le sens du détail et respectent les délais », « Concrètes et pragmatiques, elles portent une grande attention aux détails », « Les femmes abattent leur boulot plus vite que les hommes et sont obnubilées par le résultat », et « ne connaissent pas la procrastination ». Voilà ce qui ressort, un article de 2011 plein de clichés, quand on parle du rapport des femmes au travail.

Nous lisons, et entendons donc régulièrement qu’une femme est comme ceci, qu’un homme est comme cela, le tout justifié par des arguments « scientifiques » (rappelons que cette même science, il n’y pas si longtemps, nous soutenait que le cerveau des femmes est naturellement plus petit que celui des hommes, ou que la Terre est plate…).

Non, toutes les femmes ne sont pas des obsédées du contrôle et des perfectionnistes avides de résultats. C’est simplement ce qu’on leur a dit et répété, depuis toutes petites, qu’il fallait qu’elles soient. J’ai longtemps culpabilisé car je ne suis pas d’une nature perfectionniste. J’ai toujours été parmi celles qui rendaient leurs devoirs en premier à l’école, quitte à l’avoir bâclé. Je fais beaucoup d’erreurs d’inattention, que ce soit d’orthographe, ou de calcul…Je préfère créer, à relire. Et j’ai longtemps pensé que c’était un problème. Alors que c’est simplement moi.

Mais je suis arrivée dans le monde du travail, et le monde des Ressources Humaines particulièrement, avec cette croyance : je devais m’améliorer en exactitude et en rigueur. J’ai fait beaucoup d’efforts lors de mes premières années pour ne plus entendre mes supérieur.e.s rouspéter car j’avais décalé mes données d’une ligne dans mon tableau Excel, et que c’est « extrêmement grave ». J’y suis progressivement parvenue, même si bien sur j’ai des « rechutes ».

Je procrastine, souvent. La procrastination n’est pas de la paresse. Elle permet simplement de réaliser que nous ne voulons pas faire quelque chose, ou qu’il nous manque une donnée pour accomplir cette tache. Mais j’ai été éduquée dans une société où l’oisiveté est rejetée. Pensons à la détresse dans laquelle sont plongé.e.s certains demandeu.se.s d’emploi, par exemple. Iels se disent « si je n’ai pas de travail, je ne suis personne ». N’est ce pas toujours une des premières questions que nous posons à un.e inconnu.e en société : « que faites vous dans la vie ? »
Intéressante cette question. Nous n’attendons généralement pas une réponse type « eh bien dans la vie, je fais des gâteaux, je m’occupe de mon fils et je joue avec mon chien ». Non, nous attendons une réponse type « je suis executive manager dans une succursale d’un groupe international spécialisée en affaires réglementaires ». Oui moi non plus, je n’ai rien compris à mon invention de métier. Mais elle rassure. Plus que la description de ses loisirs, ou de sa personnalité. La question n’est pas « qui es tu » mais « comment justifies tu ton existence sur cette terre, à quoi es tu utile ». Peu importe que ce soit un bullshit job, si tu donnes l’illusion d’être utile aux autres.

En RH, c’est pareil. Je vous parlais la semaine dernière du fait qu’un des paradoxes de la fonction RH, notamment au féminin, c’est que ce sont souvent des femmes profondément attirées par l’humain et qui portent en elles l’envie de prendre soin, d’être utiles, de rendre service, mais qu’elles  se retrouvent dans un monde où on leur demande d’être rentables, pas utiles.

Et cette volonté d’être utile n’est pas complètement naturelle, oh non…Et c’est là que la position en entreprise de l’homme RH et de la femme RH diffèrent. Nous autres femmes sommes éduquées depuis nos jeunes années à prendre soin, à être au service de l’autre, à le faire passer avant soi. A être douces, souriantes et patientes. Prenons l’exemple d’un bébé en colère. Si c’est un garçon, nous allons naturellement dire ou penser « oh, il a du caractère ! C’est bien ! ». Si c’est une fille, il est beaucoup plus probable que le commentaire ressemble davantage à « oh, elle nous fait un caprice ! Ce sera une chipie ! ». Nous parlons d’un bébé, il n’a pas encore conscience de son genre. Mais déjà l’extérieur lui dicte comment se comporter, en fonction d’un genre supposé. Imaginez 20 ans plus tard…C’est pour cela qu’hommes et femmes souffrent autant des injonctions. Un homme chétif, voulant devenir coiffeur pourra être dans un mal être équivalent à une femme aux épaules carrées, jouant au football et souhaitant exercer la profession d’ouvrière en bâtiment.

On pousse les filles à mettre en avant certains traits de personnalité, et les garçons d’autres traits. Nous ne sommes pas encore éloignés du « maman à la maison, papa au travail », quoi qu’on en dise. Les chiffres sur le travail à temps partiel et les congés parentaux suffisent à le démontrer.

La société demande aux femmes de faire passer les autres avant elles mêmes. Elles sont des mères, des épouses, des salariées modèles, et ne pensent jamais à elles. Le pire étant de passer pour « égoïste ». Une femme ne doit pas être égoïste, ce n’est pas acceptable. Et tant que nous ne réfléchissons pas concrètement à la question, il en restera ainsi.

Et c’est bien pour cela que les femmes RH embrassent souvent une posture de « maman de l’entreprise ». Celle qui soigne les petits bobos, qui réconforte, qui soulage des taches administratives rébarbatives. Un homme ne prendra pas cette position, ne sera pas poussé à l’embrasser. Il sera spécialiste en recrutement de cadres, RRH stratégique, ou responsable du service paie. Des métiers « d’homme », malgré le fait que les services RH soient souvent catalogués comme un service de bonnes femmes.

Pensons nous réellement qu’il soit étonnant qu’autant de femmes soient infirmières, aides à domicile, caissières ? J’en parlais dans cet article, les femmes s’occupent du « care », ce soin à l’autre. Une femme est poussée à se réaliser dans ce soin qu’elle apporte à ses proches. Un homme doit lui se focaliser sur l’argent qu’il apporte à son entourage et à lui-même. Il apporte la protection, elle apporte la douceur.

Combattre ces clichés servira à toutes et tous. C’est pour cela qu’il faut en avoir conscience. Je suis désolée d’asséner ça peut être un peu brutalement, mais mesdames les RH qui me lisez, il y a de grandes chances que votre choix d’être RH ne soit pas un choix totalement conscient, mais plutôt une décision influencée par votre environnement. Ce n’est pas grave. Vous avez le droit d’aimer votre métier.

Mais quand je l’ai réalisé, personnellement, ça m’a fait un choc. Au mois de mai, une des questions sur lesquelles ont planché les membres du Club de la Sororité RH, était « à quoi occupais-je mon temps quand j’étais enfant ? ». Cette question est très puissante car quand nous sommes enfants (on dit souvent, avant nos 10 ans), nous sommes davantage « nous-mêmes » que plus tard, à l’adolescence ou à l’âge adulte. Nous ne sommes pas encore complètement sous l’emprise du regard extérieur et de notre volonté de plaire. Et quand je réfléchis aux activités que j’exerçais enfant, de mon côté, c’était de la création. Ecriture de poèmes, de chansons, spectacles de danse, déguisements en tout genre, comédies musicales dans le salon avec mes parents comme public, j’étais une star née. L’adolescence est arrivée et cela a bien changé. D’enfant se donnant en spectacle, je suis passée à adolescente timide et renfermée, ne se mettant en avant sous aucun prétexte et rougissant dès qu’on lui adressait la parole. Je renoue avec cette enfant depuis un an et demi, quand j’ai admis que je ne voulais plus être salariée RH et explorer d’autres voies. Je vous invite vous aussi à vous reposer la question, qu’aimait faire mon moi enfant ? Cette question devrait vous apporter certaines réponses…Et si le cheminement intérieur que je proposais aux membres du Club en mai vous intéresse, sachez que le cahier d’exercices sur la connaissance de soi est en vente ici 😉

Cet article n’a pour but de culpabiliser ou de vous miner. Il permet cependant, peut être, de réaliser que nos choix sont certes influencés, mais qu’il ne tient qu’à nous de renouer avec notre nature profonde. Cela peut prendre du temps, et peut être découvrirez vous qu’être femme et RH, est votre véritable vocation. C’est tout ce que je vous souhaite ! Et dans le même temps, je vous souhaite également de découvrir que c’est autre chose, si cela doit se passer ainsi. Le chemin est si beau vers soi même. Vous êtes déjà de merveilleuses RH au service de vos collaborateurs. Je vous invite à vous mettre également au service de votre propre épanouissement, vous le méritez. Chacune d’entre vous.

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