Les paradoxes du métier de RH

On l’a vu pendant cette crise, les RH ont été les pompières de l’entreprise. Déjà débordées avant cette période, il a fallu éteindre les feux, gérer la situation, rassurer tout le monde, attendre les décrets et les mettre en application dès leur sortie, s’arracher les cheveux sur les paies pendant des semaines…

En voyant ça de l’extérieur, cela m’a permis de me reposer la question de la position de la RH en entreprise. Et ses nombreux paradoxes.

Etre RH, c’est être ce maillon de la chaîne que s’il casse, toute la chaîne se brise. C’est cette personne qui conseille la direction, et les salariés. C’est cette personne qui connait toutes les informations sensibles mais ne doit en laisser échapper aucune. Et c’est souvent aussi cette personne qui a choisi son métier pour la joie de travailler avec l’humain, et qui découvre amèrement que dans notre société, l’humain n’est pas la priorité. Cette crise nous l’a bien montré.

Je me questionne de plus en plus sur l’avenir des RH dans notre société. Ce métier atteint pour moi ses limites. On ne peut demander à  une RH  d’être sur tous les fronts, d’être à la fois un partenaire stratégique et une confidente pour les salariés en détresse. On ne peut demander à une RH de favoriser le bien être au travail et la QVT quand elle-même est au bord du burn out, 10 mois de l’année. On ne peut demander à une RH de penser court terme et long terme à la fois. Ce n’est pas tenable, et le nombre de personnes renonçant à ce métier, la mort dans l’âme, nous le rappelle constamment.

Quand je cherche des informations sur comment être RH et rester en accord avec ses valeurs humaines, je ne lis que des témoignages de personnes qui ne sont plus RH aujourd’hui. Moi-même, j’ai renoncé au salariat car si j’adore les RH, je déteste ce que les entreprises et la société en ont fait.

Il est temps d’assumer : notre société est capitaliste et le capitalisme pense profit à court terme. Cette notion est neutre, elle ne devrait pas poser problème. Ce qui pose problème c’est que nous vivons dans le mensonge, nous devons penser profit tout en  préservant l’humain. La quête du profit financier ne préserve pas l’humain. Et la montée des business autour du bien être au travail ne sert souvent qu’un seul but pour les entreprises : maximiser la productivité et donc, la rentabilité. Ce n’est pas ça, placer l’humain en priorité. C’est malheureux car ce sont souvent des entrepreneur.e.s plein.e.s de bonne volonté et pétri.e.s de magnifiques valeurs qui les créent. Mais bien vite, iels réalisent qu’il faut se conformer aux attentes de notre époque.

Cette volonté affichée de préserver l’humain l’est elle pour pouvoir toujours attirer des personnes dans ce type de métier ? Je me le demande. Que se passerait-il si cet esprit de profit était clairement affiché ? Les gens cesseraient ils de cautionner, se rebelleraient ils ?

C’est le même parallèle avec le métier de RH. C’est une profession secrète et crainte mais surtout parce qu’elle est méconnue. On craint ce que l’on ne connait pas. A vouloir préserver le secret de notre fonction, nous avons seulement réussi à isoler le métier et à créer un imaginaire autour de lui, imaginaire qui dans la majorité des cas, ne correspond pas à ce que la personne qui exerce ce métier voudrait renvoyer. Mais cela est difficile dans un métier où nous devons notamment assumer publiquement des décisions qui ne sont pas les nôtres…

Alors est ce que RH est devenu un métier impossible à exercer ? Non. Mais je pense qu’il nécessite une nouvelle réflexion.

  1. Etre lucide sur la société dans laquelle on vit : ce n’est pas un jugement, nous sommes dans une ère économique libérale et capitaliste. Soit on l’accepte et on vit avec, soit on met en place des actions pour changer le modèle.
  2. Communiquer sur le métier de RH : le métier de RH est souvent craint et critiqué, mais parce qu’il est méconnu. Et cette méconnaissance est choisie. Souvent le grand public ne va évoquer que les recrutements et licenciements, parce que c’est la part émergée de l’iceberg, la seule part dévoilée. A nous RH de communiquer sur toutes les autres actions de notre quotidien, de nous dévoiler, et de ne plus se cacher derrière le sacro saint secret professionnel.
  3. Que les RH soient moins exigeantes envers elles mêmes : les RH se mettent une pression monstrueuse. Se disant qu’elles doivent être parfaites en toute circonstance, à la moindre erreur c’est le drame, et le burn out est loin d’être anecdotique dans cette profession. Ce n’est pas aux RH de changer pour entrer dans le moule de ce que doit être une bonne RH. C’est au métier de (re)devenir accessible pour que des humain.e.s puissent s’y épanouir.

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