Femme RH, pourquoi j’en fais toujours trop pour mon entreprise ?

Je pense que bon nombre d’entre vous, femmes RH, vous sentez épuisées après ce confinement, mais vous vous dites que ce n’est pas le moment de se reposer, avec tout ce qu’il reste à faire, entre le retour des salariés, les paies à réaliser, les erreurs éventuelles à rectifier, l’activité à organiser…La population RH a été extrêmement sollicitée pendant cette période et cela a même permis de voir le travail colossal abattu par cette profession en entreprise.

Nous avons aussi pu remarquer de façon flagrante que sans les femmes, il aurait été bien difficile de gérer la situation. En effet, les métiers essentiels pendant la crise sont majoritairement tenus par des femmes : infirmières, aides soignantes, caissières…Et quand on voit les chiffres, c’est éloquent : 97% des aides à domicile sont des femmes, 90% des aides soignantes, 94% des employées de maison.

Les femmes sont très souvent chargées de ce travail de soin des autres, ce travail « doux » qui permet de prendre soin, ce qu’on appelle le « care ».

Et en entreprise, c’est pareil. 76% des employés administratifs sont des femmes.

Les femmes RH n’y font pas exception, ce sont elles qui s’occupent de ce travail de soin, ce « care », en entreprise. Elles ont cette mission d’écoute et d’accompagnement des salariés qui ont besoin d’une oreille, de conseils, d’une épaule sur laquelle s’appuyer, sans jugement et dans la douceur.

Je le voyais comme ça quand je rêvais d’être assistante RH : avoir mes petits salariés tout autour de moi et m’occuper d’eux comme une figure maternelle, les décharger de toute considération administrative pour leur permettre de se concentrer sur leur travail. Comme une mère qui ramène à son enfant le sac de piscine qu’il a oublié à la maison, ou qui prépare la gamelle de son mari ouvrier.

Mais le travail d’une femme au foyer n’est pas reconnu comme un « vrai travail ». D’ailleurs, ces femmes sont classées, statistiquement parlant, dans la catégorie des improductifs. Une femme au foyer est considérée comme inactive. Le travail domestique est en effet gratuit. Il n’est jamais évoqué dans la vie politique de rémunérer une femme au foyer. Après tout, être maman n’est-il pas le plus beau métier du monde ? Nous lui rendons service, même, à lui permettre de se reposer à la maison et de s’occuper des enfants ! Et je sais que les mères qui me lisent risquent de grincer des dents…

Nous vivons dans une société où le travail est donc séparé entre « productif », et dévolu traditionnellement aux hommes, et travail « improductif », traditionnellement dévolu aux femmes.

Et la femme RH n’y fait pas exception : ce travail est considéré comme improductif.

J’entendais souvent quand j’étais encore salariée le fameux « elle ne fait que brasser de la paperasse, elle ne travaille pas vraiment ». Mes collaborateurs, principalement des hommes, me rappelaient souvent cette notion de travail « improductif », et on entend souvent dire que les RH ne servent à rien. La crise que nous traversons permet heureusement de faire une piqûre de rappel : nous servons bien à quelque chose. A bien des choses ! Pendant cette période, elles ont tout géré, éteint les feux, tenu la barque face aux multiples ordonnances, qui arrivaient tous les jours, accompagné les salariés et la direction…

C’est en effet un métier où on l’on doit gérer un administratif complexe et en perpétuel évolution, et avoir en plus le temps de recevoir les doléances et maintenir le climat social, tout en restant avenante, souriante et patiente. Car ce temps d’écoute, de parole et de réconfort des collaborateurs n’est pas souvent considéré comme du vrai travail, celui qui rapporte de l’argent à l’entreprise. C’est un travail qui doit être fait « en plus » car il est sensé être un plaisir. Et gare à celle qui n’arrive pas à tout faire, c’est seulement qu’elle manque d’organisation !

Je n’ose imaginer comment se ferait recevoir une assistante RH qui déclarerait qu’elle ne reçoit plus aucun salarié car elle a suffisamment à faire dans son travail quotidien, et pas de temps à consacrer à cela. Nous sommes guidées par cette image de la « bonne RH », celle qui est justement dans le soin, l’accompagnement et qui doit aimer ça. Dans le même temps, je lis partout que le métier de RH devient de plus en plus stratégique, qu’il s’agit d’être une véritable figure de conseil pour la direction. Difficile de tout concilier non ?

Rh c’est typiquement le métier de l’écartèlement : il faut être proche de ses collaborateurs, mais pas trop, prendre le temps de les écouter et les conseiller dès qu’ils le souhaitent, mais ne pas oublier de réaliser la montagne de taches administratives, et conseiller la direction, tout en n’oubliant pas ses collaborateurs, sinon l’image de la « RH méchante » refait surface. Comment serait-il possible de gérer tout cela en même temps ? Et de là vient cette injonction qui plane au dessus des femmes RH, qui se doivent d’être parfaite, et plus encore. On demande aux femmes RH ce qu’on ne demanderait pas à un autre être humain. Mais nous ne sommes pas des super héroïnes. Nous sommes des femmes comme les autres, et bien heureusement.

C’est cette distinction du « travail d’homme » et de « travail de femme » qui fait qu’hommes et femmes n’accèdent pas de la même manière aux promotions. Une femme va souvent penser que pour obtenir de la reconnaissance, elle doit travailler davantage pour prouver sa valeur. Un homme a lui souvent compris, car il maîtrise les codes masculins, qu’il s’agit plus de se rapprocher des bonnes personnes, que de se tuer à la tache pour prouver ses compétences. Si le recrutement se faisait sur l’unique évaluation des compétences, cela se saurait…

Les femmes se flagellent donc encore plus : j’ai travaillé comme une forcenée, et n’ai pas obtenu le poste que je voulais…Qu’est ce que je fais ? Soit elle va travailler encore plus, car elle pense que c’est de sa faute, et finir par tomber dans le burn out, soit elle va renoncer, se dire que le monde est ainsi, et se mettre en pilote automatique, se concentrer sur sa vie personnelle, trouver un autre moyen d’exprimer ses talents.

Alors que faire ? Trois idées pour avancer sur ce sujet complexe :

  1.  Réfléchir au degré d’investissement que je souhaite donner à mon travail. Il peut vous convenir tel qu’actuellement, ou peut être avez-vous l’impression de donner davantage que ce que vous le voudriez. Il faut que cet investissement soit voulu, et pas contraint, car vous avez l’impression que c’est « ce qu’il faut ». Sortons des injonctions.
  2. Réfléchir à la reconnaissance que j’aimerais obtenir et en parler. Si j’ai l’impression d’en faire trop et que la balance n’est pas équilibrée, c’est qu’il y a un problème de reconnaissance. Ai-je envie d’être mieux rémunérée ? Avoir plus de temps pour moi ? Obtenir un poste plus gratifiant ? Etre félicitée, soutenue davantage dans mon travail ? Prenez le temps d’y penser posément et vous aurez une vue d’ensemble plus claire, en sortant de la figure du hamster dans sa roue qui vit au jour le jour et s’épuise.
  3. Ne vous flagellez pas. Ce n’est pas de votre faute si les femmes subissent des attentes aussi fortes de la société. Si ce travail de soin vous convient et que vous vous épanouissez là dedans, éclatez-vous !

Le but de cet article n’était pas de rajouter de la culpabilité, vous en avez bien assez sur le dos comme ça. Je souhaitais poser un constat et expliquer pourquoi hommes et femmes n’accèdent pas de la même manière aux promotions, ni pourquoi nous avons des attentes genrées en entreprise. C’est ce qui fait que les femmes travaillent souvent davantage, car elles se sentent redevables et pensent que la reconnaissance viendra en prenant soin des autres, quitte à s’oublier soi même. C’est un leurre. Occupons nous de nous en priorité, personne ne le fera à notre place.

Et je remarque pour terminer, une chose. Dans les recherches que j’ai réalisées sur le sujet, je suis toujours tombée sur des conseils destinés aux femmes, pour s’imposer en entreprise et se faire entendre. Jamais n’est évoqué le fait que les autres aussi ont leur part de responsabilité dans cette situation. Alors si des hommes me lisent, je m’adresse à vous : faites une place aux femmes dans votre entreprise, soutenez les et soyez de vrais alliés. Le combat vers l’égalité ne se fera pas sans vous, car c’est vous qui avez le pouvoir dans bien des domaines. Le reconnaître est la première étape, et ensuite il est de votre devoir de faire une vraie place aux femmes autour de vous, y compris votre RH…

Et mesdames, si le sujet du jour vous intéresse, pique votre curiosité, si vous aimeriez aller plus loin, et vous épanouir dans votre métier de RH, vous pouvez rejoindre dès maintenant le Club de la Sororité RH. Au sein d’un réseau de femmes bienveillantes et ouvertes, vous pourrez, avec les exercices et questions mensuels, avancer à votre rythme vers votre épanouissement et échanger en toute transparence avec les membres et moi-même. Toutes les infos ici ou dans l’onglet « Le Club ». Le nouveau thème commence début juin !

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