Vie d’entrepreneure RH : j’ai failli faire un burn out de confinement

Jour important que ce 11 mai 2020. Nous n’avons pas pu échapper à cette information en boucle dans tous les journaux, nous pouvons enfin sortir de nos logements sans cette sacro-sainte attestation dérogatoire de déplacement. De mon côté, j’ai l’impression, comme beaucoup de RH d’ailleurs, de sortir d’une nuit blanche.

Je parle souvent sur le blog encore plus au sein du Club, de la nécessité de s’accorder du temps, de s’écouter, de se reposer, de ne pas dire oui à tout…Et la vérité est dure à appréhender : je n’ai pas suivi mes propres conseils.

Quand le confinement a commencé, je me suis dite que j’arriverais à le gérer confortablement, j’ai tout le nécessaire pour travailler à la maison, je peux ne pas sortir en une semaine sans être incommodée plus que ça, je suis d’une nature introvertie…Ce que je n’avais pas prévu, c’est que même en tant qu’indépendante donc occupée au télétravail, je devais procéder à quelques ajustements.

Dans ce « monde d’avant », j’avais eu tendance, sans m’en rendre compte, à associer les temps dans mon chez moi, à du temps dédié au travail, à l’exception des temps de repas/sommeil/hygiène, et des weekends.

Mais je sortais fréquemment de chez moi, pour assister à des conférences, rencontrer de nouvelles personnes, boire un verre avec une amie, ou même simplement rêvasser dans le bus, ou assise quelque part, flâner dans les rues…A la mi mars, j’ai arrêté tout cela. Même faire les courses, qui était avant un temps de détente pour moi, à me promener un peu entre les rayons, sont devenus un drive bien cloisonné dans mon emploi du temps, et fait le plus rapidement possible, dans un certain stress (produits non disponibles, devoir prévoir les menus au lieu de pouvoir faire des courses de dernière minute comme avant…) ce qui a éliminé progressivement de mon agenda tout créneau dédié à la détente.

J’ai commencé en parallèle à me fixer des listes d’objectifs, ce qui peut être une bonne chose en soi, mais dont je n’étais jamais satisfaite. J’ai commencé à travailler le soir après le diner, le samedi, puis le dimanche, puis les jours fériés…A accepter toutes les sollicitations, à vouloir répondre à tous les commentaires, à remercier personnellement toutes les personnes partageant mes contenus…Et ces temps sur les réseaux sont extrêmement chronophages, m’occasionnant du coup une culpabilité de ne pas dédier ce temps à des taches plus « rentables ».

J’ai commencé de nouveaux projets très enthousiasmants, j’ai lancé le Club de la Sororité RH avec une très grande fierté et joie, et je me suis fixée des délais intenables : tout finir avant le déconfinement. Dans le fond, pourquoi ? Pourquoi sommes nous beaucoup à avoir considéré cette dead line du 11 mai comme une date de renaissance, comme si nous passions de l’invisibilité la plus totale à une déferlante de lancements officiels, réouvertures de tous les commerces, alors en tant qu’indépendant, il faudrait choisir la même date ? J’ai bien vu avec ma propre expérience qu’il était possible de faire un lancement réussi pendant cette période. De plus, quel intérêt en tant que consultant.e.s/formateur.ice.s/coachs, d’être tou.te.s présent.e.s à la « rentrée », avec un instinct de survie tel que de toute manière, nous ne passerions que pour des assoiffé.e.s, ce qui ne fait pas vendre.

On a tendance à faire souvent une grande distinction entre la vie d’un.e salarié.e et d’un.e entrepreneur.e. Bien sur, ce ne sont pas les mêmes enjeux ou la même façon de voir la vie. Pourtant, que ce soit dans un camp ou dans l’autre, j’ai entendu, ou lu des êtres qui vivaient ce trop plein : trop plein d’émotions, trop plein de taches, trop plein de gens, ou au contraire trop plein de solitude…Etrange pour une période qu’on a souvent qualifiée de « pause ». Surement que certaines personnes ont passé ce temps à rêver, se poser, vivre comme ils l’entendaient. De mon côté, et du côté de beaucoup d’autres, ce ne s’est pas du tout passé ainsi. J’ai au contraire l’impression de pouvoir souffler maintenant, que la vie reprend un peu « comme avant ».

Mais c’est au final mon corps qui m’a dit stop, jeudi 7 mai au matin. Il avait atteint sa limite. Il m’a fait comprendre que non, aujourd’hui je ne suis pas en état de travailler, ni d’écrire à qui que ce soit. Alors j’ai téléphoné à mes proches, je suis allée marcher, et je me suis ennuyée. Ce fut difficile, moi qui en ait si peu l’habitude du désœuvrement, mais salutaire. J’ai pu passer 4 jours en arrêt sur image, et la face du monde n’en a pas été changée. Les autres écoutent, comprennent, soutiennent. Alors pourquoi ressens-je toujours cette culpabilité, comme si la raison de mon existence dans ce monde ne tenait qu’à ce que je peux apporter aux autres ? Cesse-t-on d’exister dès lors que nous ne sommes plus « utiles » ? Peut-on se suffire à soi même ?

Cette période m’a aidée à me connaitre encore davantage. Elle a réveillé par exemple une angoisse que je ne connaissais pas. Je ne pensais pas être anxieuse à ce point à l’idée d’attraper ce virus inconnu. J’ai vite identifié l’angoisse précise : ce n’est celle d’être malade, mais celle de l’hôpital. Etant « personne à risque », c’est une situation que je suis obligée d’envisager. Mais une angoisse sous jacente était là également, que je comprends mieux maintenant : je voyais les personnes atteintes être HS pendant 10, 15 jours… et je me disais « mais comment pourrais-je ne pas travailler pendant si longtemps » ?

J’étais devenue si passionnée, si impliquée dans mon entreprise que je m’en étais oubliée moi-même. Ça n’a d’ailleurs pas loupé : à peine le repos débuté, un bon rhume m’est tombé dessus, comme si mon corps le stockait, retenant sa respiration,  et n’attendait qu’une chose, de pouvoir le relâcher.

Cette angoisse du virus couplée à ce stress du moment de pause m’ont poussée à me fixer des limites idiotes, comme celles de sortir le moins possible, pas même pour aller prendre l’air. Mon moral en a pâti, forcément. Comme si je voulais me prouver que je n’avais pas besoin de repos, pas besoin de pause, que je pouvais atteindre mes objectifs. Ah certes, je les ai atteints, et cela m’a apporté une certaine euphorie. Mais à quel prix ?

Nous vivons dans un monde qui vise la performance, et ce à n’importe quelle condition, pour n’importe quelle personne, dans n’importe quelle situation. On le voit dans beaucoup de contenus cherchant à valoriser le bien être au travail et la QVT : rendez heureux vos salariés, ils n’en seront que plus performants ! Le but unique de la sympathie et de l’écoute est elle donc d’extraire, tel un jus, toute la productivité d’une personne ? La bienveillance serait uniquement intéressée au profit d’une organisation ?

Et assez logiquement de là ont découlé les injonctions du confinement : une période avec une croissance ralentie inexorablement, mais dont il convient de profiter, non pas pour se reposer, mais pour rendre son temps rentable ! Après votre journée de télétravail, l’école aux enfants, les repas et les taches ménagères, il faudrait en plus avoir lu 3 bouquins par semaine, appris l’italien et cuisiné un gâteau par weekend. Ces injonctions ne sont que la dérive de la société dans laquelle nous vivons, et qui ne supporte pas que le temps ne soit pas dévolu à la croissance et à la productivité absolue. Jusqu’à quel point devrons nous aller pour comprendre que cela ne marche pas ?

Alors au final, quels enseignements ai-je tiré de cette période ?

  1. Le téléphone et la Visio ne suffisent pas pour pallier le manque de contact social, il faut voir les gens « en vrai » pour en tirer tous les bénéfices. Mais faute de mieux, utilisons ces moyens qui permettent tout de même de remonter un peu la jauge.
  2. La passion ne justifie pas l’omission de ces besoins les plus élémentaires. Rien ne mérite de s’oublier soi même. Et passer du temps avec soi même est indispensable au moral.
  3. Combattre les injonctions est un travail difficile, même quand on en a conscience chez les autres. Cela fait très « cordonnière très mal chaussée » et j’ai pu en ressentir une certaine honte. Exprimer cela ici fait office de catharsis.

Cette période est donc une leçon qui arrive à point nommé. A nous maintenant de réfléchir à comment nous souhaitons envisager ce « monde d’après ».

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