Assumer sa personnalité dans les RH

Pas facile dans ce métier d’assumer qui nous sommes vraiment. De faire la distinction entre ce que nous pensons qui est attendu de nous, de ce vers quoi nous pensons que nous devons tendre, et enfin, notre personnalité propre. Encore faut-il la connaitre ! Pour beaucoup, nous ne connaissons pas vraiment. Nous avons passé notre vie dans une course effrénée vers les stades attendus par la société : avoir des bonnes notes à l’école, obtenir un travail stable et bien rémunéré, gravir les échelons, rencontrer quelqu’un, se marier, avoir un, puis plusieurs enfants…Et moi dans tout ça ? Si mon rêve était de faire le tour du monde, de créer mon food truck de sushis, de devenir rock star ?

Si je suis honnête avec  vous aujourd’hui, je peux dire que RH, ce n’était pas mon choix de carrière de rêve. Peu de gamines à 8 ans annonceront « plus tard, je veux être DRH ». Certaines le savent tôt, au détour d’une rencontre avec une RH qui les a marquées, un membre de la famille, un stage de découverte, un ami d’amis…Mais pour beaucoup, dont je fais partie, RH c’était un métier de raison. Un moyen de rassurer mon entourage, en exerçant un métier sérieux, et une possibilité pour moi de me sentir utile, et d’avoir des contacts humains réguliers, ce qui m’attirait. Et finalement, j’aime réellement les RH. Un métier riche, varié, sans routine, avec un pouvoir de décision (plus ou moins relatif, je l’entends), des projets passionnants, de multiples possibilités, des contacts enrichissants…Mais il manquait quelque chose. J’en étais arrivée à me dire « j’adore les RH, mais je n’aime pas ce que les entreprises en ont fait ». Je voulais véritablement permettre aux personnes avec qui j’échange de développer leur potentiel, pas de passer les trois quarts de mon temps à faire de l’administratif. Alors j’ai essayé des choses, échoué, recommencé …Avant de me rendre à l’évidence, qui me faisait très peur : ce n’était pas le métier, le problème, mais le statut. Je voulais être autre chose que salariée.

J’ai donc testé l’entrepreneuriat, qui me faisait de l’œil depuis un moment. Ce n’est pas un chemin facile, de nombreuses fois j’ai été tentée d’abandonner, j’ai repris un emploi salarié quelques mois, je suis repartie sur mon projet ensuite. Ce n’est pas grave. L’entrepreneuriat n’est pas un chemin linéaire, il est plein de détours, de voltes, de retours en arrière et de remises en question. Et surtout, il impose de savoir qui nous sommes, qui nous voulons être, et quel objectif nous voulons servir. C’est passionnant, et effrayant à la fois.

J’ai donc réalisé qu’on peut être RH dans un autre statut que le salariat, et c’était jouissif. Je ne me suis jamais sentie autant à ma place qu’en ce moment. Mais ce n’est pas un statut qui attirera ou conviendra à tout le monde. Ce que j’en retire pour le moment, c’est que se connaitre et assumer sa personnalité, aide naturellement à trouver son épanouissement et sa place dans ce monde. Cette place n’est pas figée, elle sera amenée à évoluer tout au long de sa vie. Mais c’est cette quête qui fait que je me sens vivante, à l’écoute de moi-même, et maitresse de ma vie. J’ai du renoncer à certaines choses, ma sécurité financière, l’assurance de savoir de quoi l’avenir est fait, à certaines relations aussi. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Et vous, qui êtes salariée, entrepreneure, en recherche d’emploi, étudiante, alternante, stagiaire, ou tout autre statut, je vous invite aussi à partir à la découverte du véritable vous, et à pleinement l’assumer dans votre quotidien de (future) RH. Savoir pourquoi nous faisons les choses en facilite considérablement l’exécution. Mais comment faire ? J’ai établi pour ce faire trois étapes :

Me connaitre

Ça me parait la base. Comment s’assumer si l’on ne se connait pas ?
C’est un exercice que personne ne nous a encouragées à faire. Nous avons appris à entrer dans le moule forgé pour nous, pas à créer le notre. Les RH n’y échappent pas : une bonne RH est sérieuse mais avenante, elle sait respecter la juste distance entre les collaborateurs et elle-même, elle représente l’entreprise tout en défendant les intérêts des salariés, elle a la réponse à toutes les questions qu’on lui pose, elle a une capacité de travail gigantesque, elle ne se plaint jamais, elle est un modèle pour tou.te.s…Stop ! Vous n’êtes pas toutes comme cela, c’est impossible. Je le vois tous les jours. Par exemple, au sein du Club de la Sororité RH, qui ouvre ces portes jeudi, j’ai eu l’occasion d’avoir au téléphone les premières membres (car un appel personnalisé est offert pour toutes les personnes adhérant avant le 30/04/2020) et elles sont toutes RH, mais bien différentes. Les parcours, les personnalités, les aspirations sont propres à chacune et c’est cela qui rend le métier si passionnant. Chacune écrit sa carrière à sa manière, et a ses propres objectifs. Et pour définir puis atteindre ces objectifs, il faut bien se connaitre. Alors comment faire ? En définissant ses valeurs personnelles, en établissant ses priorités, en réfléchissant à ses choix, aux choses qui nous attirent instinctivement, aux moments où nous étions vraiment nous même. D’un point de vue technique, c’est ce travail que nous ferons lors du mois de mai avec le Club de la Sororité RH. Si vous souhaitez rejoindre le groupe, toutes les informations se trouvent ici.

M’assumer

Quand nous commençons à avoir une petite idée de qui nous sommes, ce qui nous attire, vers quoi nous souhaitons tendre, il reste un travail difficile, celui de s’assumer. Il devient vite impératif, vous le verrez, d’aligner ses actions avec sa personnalité quand on a pris le temps de se connaitre.

S’assumer, c’est difficile bien sur. On nous tant dit que nous devions être de telle façon, que pour être heureuse, le chemin était tout tracé, qu’il ne fallait pas se poser de questions, que tout ce qui dévie de la norme est dangereux. Mais le monde serait si pauvre si nous étions toutes identiques. Et même au sein d’un métier. Si je parle à une gestionnaire de paie puis à une chargée de recrutement, il y a des chances pour que peu de traits de personnalité se retrouvent. Pourtant ce sont deux RH ! Et même au sein du corps de métier des gestionnaires de paie, certaines sont extraverties, d’autres introverties, certaines sont lunatiques, d’autres sérieuses, d’autres bavardes, d’autres timides…Et aucune n’a la « bonne personnalité » pour être gestionnaire de paie. Chacune a ses propres atouts et sa propre vision de son métier, qu’elle l’apprécie, ou pas.

J’ai l’impression que nous avons pour beaucoup choisi notre métier soit en fonction de ce que les autres distinguaient de notre personnalité, de ce qu’on associait comme traits de personnalité à tel métier, soit nous avons modifié l’image que nous montrions de nous même, en fonction de notre profession.

Pourquoi ne pas choisir son activité en dehors de ces considérations ? Toutes les comptables doivent elles être sérieuses et discrètes ? Toutes les chargées de communication doivent elles être avenantes et sociables ?

Moi je veux voir des managers sensibles, des comptables bavardes, des stylistes joyeuses, des caissières rebelles. Et toutes sortes de RH : des sociables, des timides, des lunatiques, des indisciplinées, des solitaires, des sociales, des orientées business…Et surtout, qui assument de l’être. Qui le revendique publiquement, qui n’en ont pas honte.

Je peux commencer si vous voulez : je suis RH  et on me qualifie de RH « atypique ». Je donne mon avis, je revendique mon féminisme, je prends des initiatives, je n’aime pas vraiment l’administratif  ni le volet formation, je suis introvertie, hypersensible et je préfère travailler seule. Ces caractéristiques sont rarement appréciées au sein des entreprises. Il suffit visiblement de donner son avis pour être taxée d’atypique, traduire par « inemployable ». Il est temps que les RH prennent vraiment la parole…J’espère que dans quelques années, une Rh qui donne son avis sera considérée non pas de rebelle atypique, mais de force de proposition pour son entreprise.

Trouver ma place

Vous pouvez aussi bien sur faire le choix de ne pas faire ce travail, et c’est votre choix, qui doit être respecté. Plein de gens vivent leur vie sans se poser ces questions, et la vivent très bien. Mais si vous avez cliqué sur ce lien, si vous avez lu cet article jusqu’ici, c’est que quelque chose vous a titillé, que vous sentez, peut être sans réussir à mettre des mots sur cette émotion, que vous pourriez faire autrement. Vous sentez cette gêne quand vous avez réalisé une action qui ne correspond à qui vous aimeriez être. Au début on tente de l’étouffer, de se dire que ce n’est pas grave, que la vie est ainsi, que l’on ne peut pas faire autrement.

Je me suis dit ça aussi. Mais la vie est faite de choix. Et c’est extrêmement enrichissant de travailler à aligner ses actions avec ses valeurs. Par exemple, si vous me suivez sur LinkedIN, vous avez vu passer mon post de mardi dernier,  qui a fait couler beaucoup d’encre virtuelle, sur « une erreur de RH ». J’y parlais de ces entourloupes de RH, fréquentes, qui consiste à jouer un peu sur les mots pour intégrer le 13e mois de manière mensualisée au brut de base et ainsi faire croire au candidat que ses prétentions sont atteintes, quand elles le sont uniquement avec ce 13e mois, qui du coup n’en est plus un. Je ne suis pas en accord avec ces pratiques, qui se heurtent avec mes valeurs de sincérité et d’indépendance. Sincérité car j’avais le sentiment d’omettre volontairement des informations pour atteindre le but de l’entreprise, qui était de baisser le salaire du candidat. Indépendance, car je sentais que je n’avais pas le contrôle sur mes actions de RH. Mais petit à petit j’ai évolué dans mes choix, pour les aligner avec mes valeurs.

La première fois, j’ai pensé que ça se faisait comme ça, que je « n’avais pas le choix » alors j’ai appliqué. Mais j’ai ressenti une gêne, un malaise. Était ce pour cela que j’étais devenue RH, permettre à mon entreprise d’embaucher à moindre frais, peu importe le sentiment que cela créait chez le candidat ? Alors la deuxième fois, j’ai choisi une solution transitoire : j’ai expliqué oralement au candidat que je soustrayais le 13e mois au salaire. Il avait la possibilité de me dire à ce moment là s’il était en accord avec ça ou pas. Mais ce n’était pas assez. Ce que je voulais, ce n’était pas espérer que mes candidats soient trop timides pour réclamer, c’est qu’ils soient satisfaits de la rémunération proposée. Alors j’ai fait en sorte de ne plus pratiquer cette technique salariale et n’ai plus soustrait le 13e mois, mettant en avant auprès de ma hiérarchie le profil du candidat pour montrer qu’il méritait le salaire qu’il demandait, et que nous devions le lui fournir. Je suis fière de dire que la plupart du temps ça a fonctionné. Bien sur, pas toujours ! Ce n’est pas une science exacte. Mais je préfère, en tant que RH, expliquer au candidat que ses prétentions sont trop élevées pour l’entreprise, que de tenter de l’amadouer en l’assommant de chiffres, avant qu’il ne se rende compte de la supercherie. Le sentiment de trahison qu’il ressentira sera installé avant même d’avoir posé un pied dans l’entreprise, et ce n’est pas l’image que je souhaite renvoyer des Ressources Humaines. Ce n’est pas pour ça que j’ai choisi ce métier.

C’est cela trouver sa place. C’est pratiquer, me tromper, réessayer, ajuster, voir les progrès, et avancer, petit à petit. Ça ne se construit pas en un jour. A 26 ans, j’ai encore toute ma vie pour progresser. Vous aussi. Peu importe votre âge, ou votre situation, vous pouvez avancer, à votre rythme.

Vous aussi, vous pouvez essayer, et surtout vous tromper. L’important est de le reconnaître, pour vous et pour les autres. Nous avons le droit de nous tromper. L’erreur est humaine n’est ce pas ? Appliquons le à nous même et n’attendons pas que les autres le fassent pour nous, ça ne viendra jamais. L’humain est ainsi fait qu’il attend des autres les actions qu’il n’ose pas lancer. Soyons ces lanceuses d’actions, ces femmes idéalistes, qui ont un objectif et mettent en place les actions pour l’atteindre.

Enfin, si vous n’avez pas encore d’objectif, ce n’est pas grave. Il viendra plus tard. Faites les choses à votre rythme. L’idée ici n’est pas d’imposer une injonction à l’action et à la conquête d’un idéal qui vous parait peut être encore très flou.

Nous avons chacune notre place, et chacune mettra le temps qu’il faut à la trouver, et rien n’est jamais définitif. C’est le chemin qui est beau, plus que la destination.

Si le sujet du jour vous intéresse, pique votre curiosité, si vous aimeriez aller plus loin, apprendre à vous connaitre, et mettre votre personnalité au service de votre métier de RH, vous pouvez rejoindre le Club de la Sororité RH. Au sein d’un réseau de femmes bienveillantes et ouvertes, vous pourrez, avec les exercices et questions mensuels, avancer à votre rythme vers votre épanouissement et échanger en toute transparence avec les membres et moi-même. Toutes les infos ici ou dans l’onglet « Le Club ». L’ouverture, c’est jeudi 30 avril !

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