RH et hypersensible : est ce compatible ?

Je me suis longtemps demandé si je n’étais pas trop sensible pour être RH. J’ai bâti avec le temps une carapace autour de moi, dans ma vie professionnelle, qui me permettait de ne pas montrer mes émotions et  de penser que c’était mieux ainsi. Mais la carapace a fini par se briser.

Avant d’écrire cet article, j’ai ouvert un moteur de recherche et tapé « RH et sensible ». Les résultats qui en sont sortis m’ont montré à quel point ce sujet fait partie de ceux qui ne sont jamais évoqués dans notre métier. Les premiers résultats parlent de comment repérer et gérer les gens sensibles quand on est RH, du caractère sensible des missions du DRH, de gestion des emplois sensibles…Comme pour tous les sujets RH, je fais le même constat : on ne parle jamais de la personne derrière la fonction. Comme si la RH se fondait dans sa place et qu’au final, cette femme arrive à 8h, enfile son costume de RH et se transforme en la professionnelle qu’on attend, avant de quitter cette deuxième peau en fin de journée avant de retrouver sa famille, ses amis, et redevenir « elle-même ».

Les personnes qui parviennent à une dissociation claire et nette, et absolue, entre vie privée et professionnelle sont elles des personnes surhumaines ? Je n’y suis jamais parvenue. Quand mes parents ont eu des soucis professionnels, quand je m’étais faite larguer, ou disputée avec une amie, je ne pouvais pas juste mettre mes soucis au placard, et commencer ma journée de travail aussi efficacement que les lundis où j’avais passé un merveilleux weekend, où j’avais rencontré un nouvel amoureux, où je venais d’avoir un fou rire. Nos émotions font partie de notre vie, et je les ai trop souvent mises de côté, pensant que je pouvais faire sans, et les cacher, pour « le mieux ».

20% de la population fait partie de ce qu’on appelle les hypersensibles, et j’ai découvert il y a peu que j’en faisais partie. Comment se manifeste l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité c’est simplement une sensibilité supérieure à la moyenne. Elle peut s’exprimer de différentes façons. Les hypersensibles peuvent être sensibles par leurs sens, aux sons, aux odeurs, à la lumière forte. Mais c’est aussi cette façon que l’on a de ressentir profondément les émotions des autres, et d’être souvent débordée par les siennes.  La conséquence est souvent que les hypersensibles ne se sentent pas adaptés à ce monde.

Ce fut longtemps mon cas. J’en ai parlé déjà sur ce blog, notamment dans « suis-je faite pour être RH ? » dans lequel je vous parlais de mes questionnements de début de carrière, si je pouvais réellement être efficace dans ce métier, et se posait la question « suis-je trop sensible pour être RH ? »

On me disait que j’étais trop timide, trop effacée, trop dans le social aussi. Qu’en RH, il ne faut pas trop penser aux salariés, il faut d’abord se blinder. Je n’y arrivais pas. Quand un salarié venait me parler de son mal être à son poste, je ne pouvais rester de marbre. Je me sentais investie de la mission de lui venir en aide, tout de suite.

J’ai aussi beaucoup de mal à me concentrer. Quand j’étais petite, ma mère m’appelait « le papillon » car je volais d’une tache à l’autre sans me fixer plus de quelques minutes. Cela n’a pas changé, j’ai juste réalisé que quand quelque chose me passionnait, je pouvais rester dessus un bon moment, des heures parfois. C’est ce qu’on appelle l’état de flow, quand on ne voit pas le temps passer. Je le ressens quand j’écris, par exemple.

Et pour celles qui aiment l’astrologie, je suis Cancer, avec une lune en Cancer ! Question sensibilité, je crois qu’on ne pourra pas faire mieux.

J’ai donc passé les 25 premières années de ma vie à penser que j’étais inadaptée au système, que je devais me couler dans le moule professionnel de la position de RH. Mais ça n’allait pas. Je ne pouvais plus avancer, et me heurtais sans cesse à des murs invisibles.

On m’a dit que ça passerait avec l’âge. Que j’apprendrais à me blinder, à faire un barrage à mes émotions, que je parviendrai à devenir insensible. Je n’en ai pas eu le temps. En 2018, j’ai fait ce que j’appelle mon burn out émotionnel, et j’ai dû reconsidérer ma vie.

Je ne souhaitais pas perdre ma sensibilité. Je ne souhaitais pas me blinder, devenir distante, penser sans cesse à comment me protéger, que mes actions ne se retournent pas contre moi. Je souhaitais prendre le problème autrement.

Alors je me suis tournée vers le développement personnel. J’ai écouté des podcasts, vu des vidéos, lu des livres. Appris beaucoup, et je continue d’apprendre tous les jours. Et aujourd’hui, je suis prête à répondre à la question « est il compatible d’être RH et hypersensible ? » par oui. Et même plus : il faut que les RH soient sensibles.

Que donnerait le monde peuplé de RH complètement insensibles ? Un monde froid, aseptisé, sans humanité, où personne n’a le droit à l’erreur, un monde gouverné par le profit, la croissance, l’argent ? C’est déjà le cas. Et on voit où cela nous mène…Cette crise nous en donne un bon aperçu.

Le monde des RH manque précisément de personnes hypersensibles. Celles-ci sont souvent dans une désillusion totale en arrivant en RH : « je souhaiterais retrouver de l’humain, du contact, pouvoir aider vraiment les gens » est une phrase que j’entends souvent quand des personnes en reconversion vers les RH me contactent. Je suis toujours partagée dans ma réponse. Il est vrai que le monde des RH, à notre époque est comme tous les autres métiers : au sein d’une société libérale et capitaliste qui ne valorise pas l’humain. Je ne peux donc pas mentir à base « allez y, le métier de RH vous permettra de vous épanouir totalement avec de multiples contacts enrichissants ! » Ce n’est pas toujours vrai. L’appel du vendredi soir à base de « il me faut 3 intérimaires pour lundi matin ! », je ne l’ai jamais trouvé enrichissant.

Mais ! Le monde des RH est amené à changer. Le monde entier change, chaque jour, et ce sont les humains qui le composent qui définissent sa direction. Alors s’il ne nous convient pas en l’état…nous pouvons le modifier, à notre manière, chacune à son niveau. Et libérer la parole est une première étape. D’où cette confession : je suis hypersensible.

Car dans le monde actuel, la sensibilité est rarement vue comme une qualité. Au contraire, les personnes « trop sensibles » seront jugées faibles, impressionnables, on va leur conseiller de cacher cette facette de leur personnalité, notamment en entretien, comme si elle était honteuse.

Alors qu’une personne hypersensible possède sa propre richesse, elle va comprendre plus facilement l’autre, va percevoir du stress, va être davantage dans l’empathie, a bien souvent une vraie conscience professionnelle, va se dépasser pour atteindre leur idéal…N’est ce pas de bonnes qualités dans un métier exigeant tel que celui de RH ?

Au final, la vraie question à se poser est « ai-je envie de me conformer à ce que j’imagine qu’on attend de moi dans ce poste, ou à ce que je suis moi, à ce que j’ai envie d’être ? »

D’où l’intérêt de bien se connaitre, de se retrouver face à soi même. Pour déterminer qui je suis, et ce que je veux faire de cette personnalité, la cacher, la montrer, l’utiliser pour atteindre mes buts, pour aider ceux qui m’entourent.

Dans le fond, il est dommage de disposer d’une telle force et de ne pas la mettre à profit dans son travail et pour le bien de son entreprise.

Je pense sincèrement que les organisations qui se tireront le mieux de la crise que nous traversons seront celles qui ont cette capacité de remise en question. Les dirigeant.e.s qui restent bloqué.e.s dans une crise d’ego, qui se diront « mais on a toujours fait comme ça, pourquoi cela changerait », qui associeront leur entreprise à eux même, seront dans une extrême difficulté. Ce que la période nous montre, c’est que nous avons des choses à améliorer, que notre modèle ne fonctionne pas en l’état. Mais ce n’est pas une fatalité, l’humain a cette intelligence lui permettant de rebondir et imaginer autrement. Vous pouvez, en tant que RH, vous positionner dans le renouveau de votre entreprise, de votre organisation. Vous en avez le droit et presque même le devoir. Je sais que vous êtes passionnées par votre métier alors prenez la place que vous méritez.

Quelques idées pour débuter cette quête de sens et de renouveau :

  • Libérez également la votre, de parole. Montrez votre quotidien, vos failles, vos fiertés. N’ayez pas honte de qui vous êtes et dévoilez votre personnalité, c’est possible même au travail.
  • Proposez de faire appel à des coachs, pour vous, pour les salariés, pour la direction. C’est toujours utile d’être accompagné par quelqu’un d’extérieur. Je me fais moi-même coacher et c’est un travail vraiment intéressant, qui me fait avancer beaucoup plus vite que si j’étais seule.
  • Trouvez votre rythme de travail idéal en faisant des tests : souvent, les hypersensibles ont des rythmes un peu différents de la moyenne. N’ayez pas honte si vous devez travailler moins longtemps, vous n’en serez que plus efficace.
  • Accueillez vos émotions et qui vous êtes. Ne laissez pas les autres définir qui vous devez être, vous seule pouvez le savoir.

Si le sujet du jour vous intéresse, pique votre curiosité, si vous aimeriez aller plus loin, apprendre à vous connaitre, et mettre votre personnalité au service de votre métier de RH, vous pouvez rejoindre le Club de la Sororité RH. Au sein d’un réseau de femmes bienveillantes et ouvertes, vous pourrez, avec les exercices et questions mensuels, avancer à votre rythme vers votre épanouissement et échanger en toute transparence avec les membres et moi-même. Toutes les infos ici  ou dans l’onglet « Le Club »!

3 commentaires sur “RH et hypersensible : est ce compatible ?

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  1. C’est le modèle de l’entreprise et du management en général qui interdisent l’équation RH + sensibilité. Il faudrait un système plus humain, des entreprises plus humaines et là les hypersensibles serons les plus aptes à occuper les postes de RH.

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  2. Combien de fois ai-je bien pu entendre que j’étais trop sensible pour les RH et, encore plus, pour l’intérim ? Et que c’était mon plus gros défaut ! Non, à vrai dire, je l’entends depuis l’adolescence, ça. Trop sensible, trop « anormale ». J’ai fini par comprendre que cette particularité est plutôt ma plus grande richesse, et que je dois pouvoir l’employer pour m’épanouir quelque part. En attendant, pour toutes mes ex-consoeurs RH, j’espère que vous parviendrez à changer les choses. On a besoin d’humanité à toutes les strates de la société, et surtout en entreprise

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