Lâcher prise en tant que femme RH

Je lis et reçois régulièrement, depuis un mois que nous sommes en crise sanitaire, des témoignages de femmes RH qui ont du mal à ne pas se faire dépasser par leur stress, à prendre du recul, à lâcher prise sur ce qui se joue dans notre société. Cela ne me surprend pas. En tant que femme des RH, nous nous mettons une telle pression au quotidien que cela ne pouvait qu’éclater avec une situation si particulière qui est celle que nous vivons. Mais ce sont dans les crises que naissent les réflexions innovantes,et les remises en question. Pourquoi ne pas se poser la question et se pencher sur le sujet : comment lâcher un peu de lest en cette période ? Comment réduire son stress, particulièrement en ce moment ?

La définition du Larousse sur le lâcher prise est pour moi très parlante : « le lâcher prise est un moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maîtrise. »

Le point central de la définition est dans cette notion de maîtrise. RH est un métier complexe : c’est une position de pouvoir au sein de l’entreprise, mais les personnes qui occupent cette fonction ont souvent tendance à basculer dans une volonté de tout maîtriser. Une position de guide, de flambeau, la personne sur qui tout le reste de l’équipe peut se reposer en toute tranquillité. La personne qui ne flanchera jamais. On a trop besoin d’elle, n’est ce pas ?

Ne remarquez vous pas que c’est une posture très féminine ? Ce soin apporté à l’autre. Les métiers très féminisés en sont le reflet : infirmières, assistantes sociales, institutrices…Les hommes occupent généralement d’autres fonctions : plutôt ordre, décisions, management, stratégie. Nous avons en effet bien intégré les rôles que la société attendait de chacun de nous, et des siècles d’histoire nous ont fait oublier que cela n’a pas toujours été ainsi. Ce n’est ni génétique, ni biologique, c’est sociétal.

La fonction RH a donc depuis quelques dizaines d’années bien évolué et est devenue cette fonction où les hommes et les femmes n’occupent pas leur poste de la même manière. Les femmes se sont dirigées inconsciemment, très souvent, vers cette posture de soin. Je ne jette la pierre à personne, moi aussi c’est cet attrait de l’accompagnement, cette volonté d’aider, d’être utile à l’autre, qui m’a dirigée vers ce métier.

Seulement, vouloir aider à n’importe quel prix, n’est ce pas s’oublier soi même ? On s’en demandait beaucoup à soi même avant, on s’en demande encore plus en temps de crise, car on se dit « ils comptent sur moi ». Mais pourtant vous n’en savez pas plus long que les autres, et vous avez les informations au compte gouttes, comme tout le monde.

Alors, demandez vous : qu’est ce qui me fait peur, dans ce fait de perdre de la maîtrise ? Ai-je peur du regard de ma hiérarchie, des mes collaborateurs, de mon entourage personnel ? Ai-je peur de me rendre compte qu’en fait je ne suis pas indispensable, que l’entreprise peut tourner sans moi ? Ai-je peur de décevoir ? Ai-je peur de faire une erreur et de devoir l’assumer seule ?

Il est une chose qui ne changera pas : je ne peux maîtriser que mes propres actions, pas celles des autres. Accepter cette limite, c’est cela lâcher prise. Cela ne diminue pas votre valeur, ou ce que vous pouvez apporter au monde. C’est se défaire de ce sur quoi nous ne pouvons agir. Par contre, vous pouvez agir sur votre manière de considérer ces actions.

Si un salarié vient vous annoncer un décès dans sa famille, vous serez désolée pour lui, mais ne pourrez évidement pas faire revenir à la vie ce proche. De la même façon, si un décret gouvernemental met quelques jours de plus à arriver, vous laissant sans certaines informations, vous pouvez faire avec, ou vous stresser de façon inutile, car vous n’avez pas la maîtrise de cette situation. Et ce n’est pas grave, finalement. Tout le monde est dans le même bateau.

En parler et demander de l’aide peut être à ce moment là, salutaire. Se savoir pas seule dans une situation a un fort pouvoir sur l’amélioration du stress. De plus, des personnes de votre entourage peuvent avoir contourné le problème d’une façon à laquelle vous n’aviez pas pensé de prime abord.

C’est en cela qu’accepter ses limites est le meilleur moyen de commencer à lâcher prise. C’est laisser de côté ce qui nous empêche d’avancer. C’est prendre du recul pour voir de plus haut une situation. C’est s’ouvrir à la nouveauté au lieu de se refermer sur soi même.

Lacher prise, ce n’est pas se résigner, ou baisser les bras. C’est arrêter de résister à ce qui prend de l’énergie pour les mauvaises raisons. Redemandez vous : dans quel état émotionnel ai-je envie de terminer ma journée ? Stressée et abattue car je n’ai pas réussi à faire que la situation soit telle que je l’avais imaginée ? Ou sereine parce que je sais que j’ai fait de mon mieux avec ce qui était à ma disposition ce jour là ?

Il s’agit dont de faire preuve de discernement : isoler ce sur sur quoi je peux agir, et ce sur quoi, non.

En outre, les salariés d’une entreprise sont a priori des adultes. S’ils savent se débrouiller dans leur vie personnelle, pourquoi auraient-ils besoin de la RH dans  leurs moindres demandes ? Pourquoi votre supérieur, qui ne connait rien en RH, ne pourrait il pas se former afin de vous épargner de lui réexpliquer pour la 5eme fois consécutive que le droit du travail l’empêche de faire telle ou telle chose ? Pourquoi les taches de la RH doivent-elles être réservées à son unique exercice, sans aide de quiconque, possible ?

Si vous sentez que le stress et cette volonté de tout maîtriser vous rongent au quotidien, il est temps d’agir. En prenant tout d’abord la mesure du problème. Il ne faut pas avoir peur de le regarder en face et de se dire « OK. J’ai besoin aujourd’hui de maîtriser toutes ces choses mais à terme, j’aimerais que ce ne soit plus le cas ».

Ensuite en se fixant des objectifs atteignables et en se récompensant quand ils sont atteints.  Un exercice qui peut être intéressant également est d’imaginer dans la situation que vous traversez, le pire scénario qui puisse arriver. Souvent, on se rend compte qu’il n’est pas si grave…

Pour exemple, j’ai travaillé dans une société en tant que RH où je n’avais plus la possibilité de respecter certaines obligations légales, et j’avais épuisé les actions que je pouvais entreprendre pour résoudre la situation. Cette situation a été stressante mais en terme de lâcher prise, extrêmement salutaire. Ce n’était pas si grave, finalement. J’ai fait au mieux et la situation a été rattrapée après coup. Oui, cela donne du travail supplémentaire, mais toute situation a sa solution. Souvent même plusieurs d’ailleurs. Et toute erreur est rattrapable. RH, comme les autres, vous êtes avant tout humaines.

Se libérer de cette volonté de contrôle, c’est se donner la possibilité de s’épanouir sur son poste. De réaliser ce qui nous correspond vraiment, de représenter la personne que nous voulons être.

Enfin, n’oubliez pas que votre métier de RH ne définit pas qui vous êtes, vous avez votre personnalité propre. Nous mettons une telle importance dans notre job que nous avons tendance à le confondre avec notre propre personne. En vaut pour preuve les présentations que nous avons l’habitude de faire : « Bonjour, comment vous appelez vous ? Et que faites vous dans la vie ? »

Cela met un stress terrible, car si je n’ai plus de travail, je ne fais rien de ma vie, je n’ai donc plus de vie ? Et c’est facile de glisser vers « sans travail, je ne suis personne ». La vie a un sens en dehors de notre travail. Oui c’est ce qui nous permet d’avoir de l’argent pour manger, se loger etc. Mais vivre, ce n’est pas que travailler. Et vous lisez une personne qui a encore beaucoup de travail à faire pour se détacher de ça.

Car c’est là le plus important : se laisser du temps. Ne pas se mettre la pression pour atteindre un lâcher prise, c’est impossible de cette manière. Le lâcher prise, cela s’entraîne, se muscle. Comme pour le sport, cela ne se fait pas en un jour. Soyez indulgente avec vous-même, comme vous le seriez pour une amie. Vous êtes votre premier soutien.

Et quand ça ne va pas, concentrez vous sur quelque chose qui va bien. Dans le domaine amical, familial, amoureux, professionnel, personnel…Il y a toujours une chose qui va bien. Vous pouvez vous y raccrocher le temps de remonter la pente. Petit à petit, cela deviendra naturel de davantage lâcher prise, et vous serez heureuse du chemin parcouru.

Vous êtes plus importante que votre poste.

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