Faudrait-il travailler seulement entre femmes ?

J’ai fait partie de ces femmes qui pensaient qu’il était plus facile de travailler avec des hommes. J’ai fait partie de ces femmes qui pensaient que la plupart des autres filles étaient des pestes, et que je n’avais rien à voir avec elles. Que les hommes, c’était plus simple, une bourrade dans l’épaule et on en parle plus. Je me trompais.

J’ai commencé ma carrière dans les RH en intégrant pour quelques mois une équipe de six femmes, toutes de moins de 30 ans. Ce fut une expérience extrêmement difficile pour moi : je trouvais que leurs conversations étaient inintéressantes, qu’elles critiquaient beaucoup, se comparaient sans arrêt, et ne me reconnaissant pas dans leurs sujets de discussion, je me suis renfermée sur moi même et progressivement, je fus mise à l’écart et ai fini par stopper ce stage, par désespoir.

J’ai ensuite intégré en alternance un secteur d’activité très masculin, et j’ai sympathisé avec beaucoup de jeunes hommes, au milieu desquels je me sentais bien. Certes, il y eut un peu de drague dans l’air de temps en temps, mais à 22 ans, célibataire et dotée de ce petit “pouvoir de respectabilité” qu’est la posture de RH, ça ne me dérangeait pas.

J’ai évolué ensuite en tant que RH toujours uniquement dans des secteurs dits “masculins” tels que la métallurgie ou le traitement des déchets. La production était constituée intégralement d’hommes, mais les bureaux étaient composés également de femmes, à l’exception des managers, tous des hommes. Je travaillais donc plutôt avec des hommes au quotidien, même si je m’entendais souvent plutôt bien avec les comptables, toutes des femmes. Cependant, la situation était différente, car j’occupais un poste indépendant, étant la seule RH. Ca me convenait, j’aimais travailler seule, je me sentais à l’abri. J’ai mis du temps à apprendre à travailler en équipe, car j’ai du mal à retenir mes réactions, j’exprime souvent mon opinion avec spontanéité, sans forcément réfléchir à ménager mon interlocuteur. On m’a donc parfois reproché mon manque de diplomatie…
Alors avec des hommes c’était plus simple. Ils ont été éduqués à la franchise, à la confrontation directe en cas de problème. Les femmes avons été plutôt élevées dans la discrétion, à ne pas dire tout fort ce que nous pensons, et donc cela peut donner ces fameux “commérages”, ces messes basses dites “de fille”. Je ne me retrouvais pas dans ce schéma.

Le pourquoi du comment

Mais pendant ce laps de temps, j’ai affirmé mes convictions féministes. J’ai étudié, discuté, appris au contact d’autres femmes, comment nous étions, hommes comme femmes, influencés par ce que la société attendait de nous, en fonction de notre rôle genré. J’ai pu prendre du recul, et surtout, rencontrer des femmes qui se posaient les mêmes questions que moi. Qui elles aussi se demandaient pourquoi elles observaient autant de rivalités, qui ne se reconnaissaient pas forcément là dedans.

Puis en mai 2019, j’ai eu l’idée de créer un réseau RH qui aurait pour particularité d’être un réseau féminin. Je n’en connaissais pas mais j’avais observé des réseaux d’entrepreneures, et me suis dit pourquoi ne pas l’adapter à mon métier. Ça a tout de suite très bien marché, et mon vœu de créer une vraie sororité semble devenu réalité. J’observe dans les échanges entre les membres une réelle bienveillance non feinte et une volonté d’aider l’autre, non pas de le plomber. Mais alors, d’où viennent ces rivalités que l’on observe en entreprise, lieu de mixité?

En fait, il faut bien comprendre que nous vivons dans une société qui est basée sur un modèle, celui de la domination masculine. L’histoire a construit un modèle selon lequel le regard masculin est considéré comme “neutre”. Aussi, c’est à celui là qu’il faut se conformer. Et quand les femmes sont arrivées massivement sur le marché du travail, au siècle dernier, il a bien fallu se conformer à ce regard masculin, celui des personnes déjà présentes dans les entreprises. De là sont nées ces rivalités, car pour pouvoir grimper dans la hiérarchie, pour pouvoir obtenir un quelconque avantage,une quelconque attention, c’est bien des hommes qu’il s’agit de convaincre. Et de là, lorsqu’une femme arrive au sommet de la hiérarchie, elle en a tellement bavé qu’au lieu de se montrer solidaire de ses congénères, elle veut rester seule en compagnie des hommes, bénéficier de la totalité du pouvoir et de la relation de séduction.

Mon propos choquera peut être, mais je l’assume. Oui, moi aussi j’ai conscience d’avoir parfois en quelque sorte “usé de mes charmes” pour obtenir quelque chose dans mon travail. Nous le faisons tous et toutes. Et je ne parle pas de les séduire au sens “dragueuse”, mais de quelque chose de plus subtil, qui joue des mêmes mécanismes que la galanterie par exemple. Une sorte de protection inconsciente que l’on attend de l’homme envers la femme, mais qui pour elle du même coup, se retrouve à devoir être sous la protection d’un homme pour pouvoir arriver à ses fins, et donc à renoncer à une certaine forme d’indépendance.

Je pense que c’est pour cela qu’il est si important de créer des espaces entièrement féminins. Cela permet de gommer cette rivalité féminine et de révéler notre personnalité sans crainte d’être jugée ou de perdre quelque crédit aux yeux des autres. Alors, on me demande souvent pourquoi la Sororité RH est “interdite aux hommes”. Elle n’est pas interdite aux hommes, elle est pour les femmes. Pour leur permettre d’avoir un espace à elles, pour échanger sur un métier compliqué, plein de secret, de stratégie et de compétition, comme beaucoup. Pour leur permettre de souffler, de se retrouver entre elles, sans cet instinct compétiteur.

Alors messieurs, au lieu de demander pourquoi vous ne pouvez pas entrer dans la communauté, pourquoi ne pas vous positionner en tant qu’allié de celle ci? En soutenant vos collègues féminines, en les écoutant sans les interrompre, en leur donnant la parole dans les réunions ou ailleurs. C’est le mieux que vous puissiez faire pour nous. Ecouter, comprendre, soutenir, agir. Mais laissez aux femmes ces espaces à elles, elles en ont besoin pour être plus fortes et plus équilibrées.

C’est cet esprit de sororité que j’ai ressenti hier, lors de la marche du 8 Mars, pour la journée internationale de défense des droits des femmes. J’étais à celle de Brest, car en weekend dans ma famille. Nous n’étions guère nombreuses (et nombreux, car quelques hommes étaient également présents) mais l’ambiance était festive et enthousiaste, tout en étant revendicative. Nous avons chanté et dansé ensemble dans les rues de Brest et j’ai ressenti cet esprit d’entraide, de soutien, de bienveillance pour les “femmes du monde entier” comme le disait le slogan que nous répétions.

C’est cela pour moi, d’évoluer entre femmes, et c’est indispensable.

Alors, faut il travailler uniquement entre femmes ? Non, je ne le pense foncièrement. Mais je pense aussi que les femmes ont d’abord besoin de ce recul entre elles, pour souffler, comprendre et mettre en place des stratégies avant d’agir, sans le poids du regard masculin sur leurs épaules.

Parait il que c’est la mixité des équipes qui permet à celles ci d’être les plus performantes en entreprise.

Alors faisons en sorte d’y arriver progressivement, pour le bien de tou.te.s. La sororité, ça peut paraître un pas en arrière, mais c’est pour mieux avancer ensuite, tout le monde ensemble.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :