Suis-je faite pour être RH?

J’ai commencé à être formée de manière concrète au métier de RH assez tard, en comparaison avec mes camarades de promotion. Eux qui avaient rejoint un cursus dédié depuis leur 3 ème année d’université, je n’ai eu des cours spécialisés qu’au cours de mon Master 2, en 5 ème année donc. Je débarquais là après un stage dans un cabinet de recrutement qui s’était révélé catastrophique, et j’avais donc la volonté de découvrir si toutes les disciplines RH étaient aussi difficiles. J’ai fait cette dernière année en alternance dans un grand groupe, avec comme tutrice une Responsable RH très exigeante, ambitieuse, un peu froide et à la limite du burn out. J’ai très vite payé le fait de ne pas avoir les années d’expérience de mes camarades. Au bout de quelques semaines, ma tutrice m’a prise à part et m’a confié ses doutes sur ma capacité à être RH, souhaitant mettre fin à ma période d’essai. Ça m’a fait l’effet d’un cataclysme. Bien que j’en avais encore vu très peu, je brûlais de curiosité pour cette fonction, aussi je l’ai suppliée de me garder, ce qu’elle a fait. Au bout d’une année parfois chaotique, où j’ai tout de même énormément appris, mon examen d’obtention de master a permis à ma tutrice et ma professeure d’université de conclure que je pouvais sans problèmes continuer dans la fonction RH, mais que je ne devais pas avoir de trop grandes ambitions pour le moment, étant pour l’instant dans l’incapacité d’endosser le costume de RRH.

Comment j’ai appris à être RH

J’ai ensuite, après quelques mois de chômage, obtenu plusieurs postes généralistes, qui était mon critère essentiel, et avec des difficultés assez présentes : plusieurs sites à gérer, souvent plusieurs conventions collectives, une multitude de dossiers différents, et un climat social loin d’être au beau fixe. J’ai su tout de suite que je n’étais pas une RH “normale” puisque, effectuant des remplacements, on pouvait aisément faire des comparaisons.

Déjà lors de mes dernières années d’étude, je me reconnaissais assez peu quand je parlais avec mes camarades de promotion. Quand ils évoquaient suivi de masse salariale, je rêvais d’entreprise libérée et incitait à aller manifester contre les premières ordonnances de la loi travail El Khomry.

J’ai découvert avec les années que je pouvais déconstruire ce qu’on m’avait appris : les salariés syndiqués ne sont pas nos ennemis mortels par exemple. J’ai eu la chance de travailler avec un représentant syndical adorable et efficace, restant objectif mais décidé, loin de l’image du poivrot souhaitant “cramer la boite” qu’on m’avait dépeinte.

J’ai essayé, ne me reconnaissant pas dans le rôle de RH qu’on m’avait enseigné, de créer ma propre posture, de trouver ma propre place. Au lieu d’analyser les chiffres, je trouvais plus intéressant de recevoir un collaborateur deux heures dans mon bureau pour comprendre ce qui le motivait au quotidien.

Déjà dans mes études cela avait posé problème. Lors du choix de sujet pour mon mémoire de Master 2, j’avais demandé à travailler sur la vision de la fonction RH par les collaborateurs, et comment redorer leur blason. J’étais intéressée par ce qu’on appellera un peu plus tard le “RH bashing

Mais cela n’a pas été accepté par ma professeure et ma tutrice, craignant selon leurs mots que cela “ouvre la boite de Pandore” et que le DRH refuserait un tel sujet. J’ai donc travaillé sur un sujet bien moins controversé, déçue.

Et quatre années plus tard, cette idée ne m’a pas quittée. Quelle tête dure !

“Tu ne fais pas du social”

Mais il y a un événement qui a particulièrement été une rupture dans mon esprit. Lors d’un entretien de fin de contrat, mon supérieur direct m’a dit cette phrase, qui depuis est restée gravée dans mon esprit : “n’oublie pas que tu ne dois pas faire du social, n’oublie pas pour qui tu travailles”.

J’en suis restée comme deux ronds de flan. Quand j’étudiais, je sentais qu’il y avait un décalage entre la théorie et la réalité, mais on m’avait enseigné que la RH, c’était cette personne pivot, parfaitement entre la direction et les collaborateurs, celle qui fait le lien. Je fais partie de ces RH qui ont choisi ce métier par attrait pour le contact humain, par volonté d’accompagner, d’aider l’autre. Et cette phrase m’a particulièrement surprise car j’avais eu longtemps l’ambition d’être assistante sociale.

J’ai naïvement pensé que je pourrais tenir cette position, que je pourrais rester impartiale, et servir les intérêts de toutes et tous. J’ai pensé qu’on ne me demanderait jamais de choisir, j’ai sous estimé cette part du métier, en cas de conflit entre les parties, qu’il est difficile de rester objective quand l’une des deux parties nous paye.

Pour autant j’ai refusé de me dire “eh bien c’est ainsi” et de me ranger du côté de la direction, entretenant ainsi cette vision de RH bras armé du dirigeant, celle qui exécute le sale boulot. Je ne voulais pas me laisser manger par mon job et le laisser décider de ce que serait ma personnalité, car je devais coller coûte que coûte à cette image de ce qu’est une RH. Ou renoncer à un métier que j’adorais, car je n’avais pas “la bonne personnalité”.

Car dans le fond, y a t’il un code de la RH parfaite ? Quelqu’un a t’il décrété les 10 commandements qui feront de toi une bonne RH ? Est ce le cas pour les autres métiers aussi ? A t on décidé de ce que serait la bonne cheffe de projet, la bonne standardiste, la bonne cuisinière?

Soyez qui vous êtes

J’ai aujourd’hui la conviction que c’est à la personne de fournir sa propre vision de son métier, et non au métier de lui dire comment sa personnalité doit être. On ne choisit pas un métier en se disant à quel rôle je pourrais coller, mais en faisant confiance à ses aspirations, à quelle place nous souhaitons être et à quoi nous voulons contribuer dans notre société.

J’ai choisi d’être RH alors que je ne possédais pas toutes les qualités requises : je suis introvertie, j’ai beaucoup de mal à me concentrer, je déteste le téléphone, je n’aime pas beaucoup les chiffres. Je me demande même parfois si je n’ai pas choisi cette fonction dans un but thérapeutique, pour travailler sur mes faiblesses (quand tu passes la moitié de ta journée au téléphone, ça aide à combattre sa peur). Cependant j’avais aussi des qualités que je trouve précieuses dans ce métier : la curiosité, l’écoute, la disponibilité, une capacité à convaincre…

Mais quelqu’un d’autre aurait écrit sa fonction avec ses propres atouts, et ses propres faiblesses. Nous ne sommes pas des clones. A aucun moment ne laissez quelqu’un vous dire que vous n’êtes pas faite pour être RH parce qu’il vous manque tel ou tel aspect. N’essayez pas de changer votre personnalité pour coller à l’image qu’on attend de vous. C’est vous même qui devez écrire votre propre version de votre travail. Le travail doit permettre à l’individu de s’épanouir, et pas l’inverse. C’est sinon le meilleur moyen de s’oublier et de très mal finir.

De la même façon qu’on conseille aux gens d’être qui ils veulent être, de faire ce qu’ils veulent faire, pour ne pas avoir de regrets sur leur lit de mort, serez vous satisfaites de vous dire au moment de prendre votre retraite “je n’ai pas dit ce que je pensais, ni fait ce que je voulais, mais j’ai permis à mon entreprise de s’enrichir et de prospérer”?

Si vous voulez être RH, vous pourrez l’être

Alors si vous êtes étudiante, jeune RH, ou plus confirmée, et que vous posez parfois la question de si vous êtes destinée à être RH, la réponse est oui, tant que vous le souhaitez. Même si vos professeurs vous ont dit que ce n’était pas possible, même si vous avez 54 ans et que vous vous demandez si c’est une bonne idée de vous reconvertir dans un métier si exigeant. Vous avez votre personnalité, et ce sera forcément une richesse pour la fonction.

Peut être, sinon, que votre entreprise ne vous permet pas pour le moment d’exprimer votre réelle nature, alors il vous faudra surement choisir entre trouver cet environnement propice, soit le créer vous même au sein de votre fonction actuelle. Tout un travail peut être fait sur la question de trouver, de créer sa place en RH, et la fonction RH n’en sera que plus riche si elle est peuplée de personnes revendiquant leur différence. Nous nous mettons trop de barrières en s’auto persuadant que nous ne sommes “pas faites pour ça”. Rien ne doit entraver votre volonté d’exercer un métier qui vous intéresse.

Si le sujet vous intrigue et que vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez rejoindre les Ateliers de la Sororité RH. le premier aura lieu le 10 février 2020 tout près de Paris. Vous trouverez toutes les infos dans l’onglet “boutique” du blog.

J’espère que le sujet vous a plu, il me porte moi même au quotidien et j’espère vous voir nombreuses aux Ateliers pour approfondir ces problématiques véritablement passionnantes.

Passez une excellente semaine.

4 commentaires sur “Suis-je faite pour être RH?

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  1. Bonjour, merci pour ce bel article mais fait écho ! C’est une réflexion que j’ai également en ce moment, j’aime ce métier mais il est parfois lourd à porter que ce soit interne à l’entreprise ou dans son cercle privé avec des clichés et préjugés préétablis.

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