5 tabous féminins en entreprise

Etre une femme en entreprise est un sujet que la société aborde encore très peu. Pourtant, qu’on soit homme, femme, ou d’un autre genre, le rôle et la posture qui sont attendus de nous sont très différents. La société dans laquelle nous vivons est également bien sûr prégnante dans le monde du travail, mais en prendre conscience, est la première étape vers un monde plus égalitaire. Alors en 2020, il y a 5 tabous que j’aimerais voir plus évoqués dans les organisations.

La femme ne parle pas de son corps

J’avais commencé à en parler dans l’article de la semaine dernière, 5 femmes qui m’inspirent au quotidien quand j’ai évoqué Gaëlle Baldassari, auteure de « Kiffe ton cycle ». On ne parle jamais du fait que bon nombre de personnes ont un cycle menstruel qui fait varier leur taux d’hormones selon la période du mois, et donc leur sensibilité, leur humeur, ou leur performance. Cette information, quand elle est évoquée, l’est toujours négativement, comme quand on entend “on ne peut pas mettre une femme à ce poste de direction car 5 jours par mois, elle sera de mauvaise humeur, c’est mauvais pour les affaires”…quel ramassis de bêtises. Les règles ne nous font pas aboyer toute la journée, elles sont plutôt là aussi pour nous faire prendre du recul et être plus posé.e.s qu’à l’accoutumée, non pas ne plus prendre de décisions. L’important est d’apprivoiser son cycle, non pas le tenter de le faire disparaître. Malheureusement les entreprises actuellement continuent d’attendre la même performance d’un homme et d’une femme, quelle que soit la période. C’est à vrai dire bien souvent le même problème : on n’a pas l’habitude d’individualiser le management. Le salarié doit rentrer dans le moule, ou partir. Mais quand la moitié de la population d’une organisation possède des caractéristiques physiques affectant son comportement et sa sensibilité, il ne s’agit plus d’individuel. En 2020, il serait souhaitable d’enfin aborder de manière concrète ces différences biologiques et les apprivoiser, pas faire comme si elles n’existaient pas, et s’en servir comme excuse pour empêcher la progression de certain.e.s. Pour l’entreprise aussi, cela sera profitable et permettra d’accroire le productivité, puisque chacun.e pourra organiser son travail en fonction de la période. Et c’est profitable pour les hommes aussi, qui ne sont pas des robots pouvant atteindre la performance la plus haute en permanence…

La femme doit séduire en toute circonstance

Etre un homme en entreprise est déjà un combat en soi, car l’entreprise d’aujourd’hui demande une productivité de plus en plus accrue, de justifier son salaire, de gagner des combats tous les jours. Mais une femme, en plus de ces objectifs attendus, doit également se montrer avenante et dans une certaine mesure, séduisante. Le regard extérieur sera toujours plus dur envers une femme, par exemple si elle choisir de privilégier sa carrière et adopte dans le même temps un style vestimentaire très discret et neutre, cela sera remarqué voire critiqué. Si au contraire elle est très coquette, voire “sexy”, elle peut se faire licencier…pour ça.

A t’on déjà entendu parler d’un homme licencié car “trop sexy”? Je ne crois pas. Des études ont montré également qu’on jugera plus sévèrement une femme peu souriante, considérée comme trop “austère”. J’en ai souvent fait les frais, ayant un visage naturellement neutre, on m’a régulièrement reproché un manque de sourire.

Quand j’étais étudiante, j’ai été serveuse plusieurs années et j’ai vite compris qu’une fille à cette fonction ne doit pas seulement être adroite et rapide, mais qu’on attend également d’elle une certaine forme de séduction, sans en faire trop, être une sorte de jolie poupée qui égaye le diner.  

En découle tous les emplois d’hôtesse lors d’évènements, de standardiste recrutées sur leur physique…

Si vous ne connaissez pas la chaîne YouTube du Meufisme, un épisode en parle de manière drôle et très juste.

En 2020, pourrait on veiller un peu plus à ce que chacun.e soit traité de manière équitable, et que les femmes sortent de ce rôle de potiche?

La femme s’occupe des enfants

Une femme ne doit pas montrer les manifestations de son cycle au sein de son travail, mais il reste tout de même le fait inévitable que c’est elle qui porte dans son corps les enfants. Cependant, pourquoi serait-ce forcément son rôle de les élever? Pourquoi les hommes ne représentent encore que 4% des parents qui prennent un congé parental?

Pourquoi ai je entendu dire à des hommes en entreprise “t’es sûr que tu veux prendre ton congé paternité?” quand ce congé est de 14 jours?

Il est assez unanimement accepté qu’une femme va s’absenter des mois pour s’occuper de son bébé, et il reste encore parfois difficile d’entendre qu’un homme va s’absenter deux semaines pour s’occuper de son enfant. Dans encore beaucoup de milieux, le modèle présenté est que Madame réduit son temps de travail pour gérer la famille pendant que Monsieur travaille dur pour ramener le salaire qui les fera vivre. Nous ne sommes plus dans les années 50, il va être temps d’évoluer, pour le bien de tous car bon nombre d’hommes aimeraient aussi voir leurs enfants grandir. Mais le système est vicieux : comme les femmes sont moins payées que les hommes, c’est bien souvent plus rentable que ce soit elles qui réduisent leur activité….

La femme ne peut pas évoluer aussi vite que l’homme

Madame a donc pris son congé maternité et/ou parental, puis revient au travail, et se rend compte que ses collègues masculins ont été augmentés et/ou ont été promus pendant son absence. Ce ne sera pas le cas pour elle, puisqu’absente depuis plusieurs mois. Le pire dans tout ça, c’est que 8 semaines d’arrêt maternité sont obligatoires

Et il y a bien d’autres choses dont on parle peu, comme de la culpabilisation de la mère au au départ ou au retour au travail. J’ai vu des salariées attendre le dernier moment pour annoncer leur grossesse, comme si elles avaient fait une bêtise. J’ai vu un PDG demander en entretien d’embauche si la candidate comptait encore avoir d’autres enfants, et la réponse attendue était bien sur “non”. Que se passerait-il si cette femme retombait enceinte? Ce serait considéré comme une trahison, probablement.

Il est donc assez accepté qu’une femme ayant des enfants ne pourra évoluer aussi vite qu’un homme. A croire que les bébés se font par les femmes seules. Cette croyance ne profite à personne : la femme évolue plus diffilement (on dit qu’une mère de 3 enfants perd environ 10 ans de carrière, comparé à un homme à situation équivalente), l’homme est mal vu s’il souhaite mettre la pédale douce pour voir ses enfants grandir, et l’entreprise crée un mal être pénalisant sa croissance. Alors, on arrête en 2020?

La femme ne peut pas gagner plus que son mari

Cette croyance découle de l’idée précédente. La femme s’arrêtant fréquemment de travailler pour élever les enfants, et réduit plus souvent son temps de travail, elle est souvent moins payée qu’un homme au même poste. Mais la situation est plus insidieuse : à la sortie des études, une femme négocie plus difficilement son premier salaire ou son statut, puis demande moins d’augmentations, sera moins souvent promue…Ajoutons à cela la croyance encore présente qu’une femme souhaitant “faire carrière” sera une “mauvaise mère ». Pas facile d’avancer professionnellement dans ces conditions. Et les clichés persistent aussi du côté des hommes, qui voient encore souvent une femme gagnant plus qu’eux comme une forme de menace, avec le cliché de la femme faisant carrière comme une castratrice souhaitant prendre le contrôle exclusif dans le couple. Mais un homme dans un couple hétérosexuel n’a t’il pas de nos jours d’autres fonctions que celle de portefeuille?

Alors, en 2020, on arrête définitivement les blagues sur les femmes dépensières, dont l’unique but est de récupérer la carte de crédit de leur conjoint pour aller faire les soldes?

En bref, en 2020, on fait avancer les mentalités en réfléchissant tous ensemble à la construction d’une société plus inclusive et équitable?

En tout cas, je compte bien y contribuer à ma petite échelle.

Et en tant que RH, que faire?

Les RH sont les représentant.e.s en entreprise de l’égalité professionnelle. En tant que tel, il est important que ces personnes soient sensibilisées aux clichés persistants pour mieux les repérer et les combattre. N’hésitez pas à vous former, à en parler, sans honte, ce sujet n’est pas un détail ou une simple circonstance à laquelle on ne peut rien faire. Sortir un bilan sur l’égalité professionnelle ne suffit plus. N’hésitez pas à affirmer votre avis, contredire, questionner, assumer votre position, même contre l’avis général.

Nous vivons dans une société patriarcale qui donne des rôles binaires à tous les humains.C’est donc dans l’intéret de la communauté toute entière qu’il faut en parler et combattre les schémas inégalitaires. En sensibilisant à la question autour de vous, votre entreprise, et par là, la société toute entière, progresse vers une équité qui permettra également aux organisations de gérer au mieux leurs projets futurs. On ne le voit pas encore, mais c’est du gagnant gagnant. Devenez l’ambassadrice du féminisme dans votre entreprise, elle vous dira merci un jour.

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