Bienveillance en entreprise : gentilles…et pas connes

J’ai assisté la semaine dernière à “Oh Happy Breizh”, une journée de conférences et d’ateliers organisée à Rennes sur le thème de la bienveillance au travail. Si c’est une notion dont on commence à entendre régulièrement parler dans les entreprises, il y a encore beaucoup à faire pour qu’elle devienne une valeur réellement mise en place et pas seulement placardée sans vrai but positif.

Cette journée nous permettait donc d’entendre différents intervenants parler de leur vision de la bienveillance en entreprise, et j’ai particulièrement aimé celle de Franck Martin, fondateur du groupe Congruences, qui nous a présenté une conférence intitulée “ Gentil…et pas con. La bienveillance comme moteur de succès en entreprise” que j’attendais avec impatience car ce thème fait partie de ceux qui m’animent au sein de la Sororité RH.

En effet, la bienveillance, c’est une belle qualité. Cette “disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui” (Larousse) est une notion essentielle pour vivre en harmonie avec ses semblables. Mais à vouloir être trop bienveillant, “trop gentil”, on peut finir par se perdre…

La bienveillance au service de l’entreprise

Vous avez probablement tous un exemple dans votre histoire personnelle d’une personne réellement bienveillante et qui a même pu vous aider à vous dépasser dans un domaine où vous pensiez avoir atteint vos limites. Pour moi, c’est ce professeur de Maths qui m’a accompagnée une année de collège et m’a permis de passer de sous la moyenne aux plus hautes notes de la classe. L’année d’après, j’avais un autre professeur ne possédant pas ce talent, et je replongeais, faute de motivation…

Mais une personne bienveillante, ce n’est pas une personne qui se laisse marcher sur les pieds. On associe souvent la bienveillance à une sorte de faiblesse, mais comme nous l’expliquait M. Martin, les personnes les plus célèbres pour leur bienveillance n’étaient jamais vues comme des personnes serviles. Il a cité Nelson Mandella ou Lech Walesa, mais pour une touche féminine je pense aussi à Mère Teresa par exemple.

En entreprise également on commence à comprendre que la relation bienveillante à autrui est ce qui fait avancer les équipes et par là augmenter leur performance, et c’est dans cette veine qu’avait à la base été imaginé le poste de Chief Happiness Officer (CHO).

Mais il est absolument inutile de faire la promotion de la bienveillance si cet engagement n’est pas tenu en interne. Rien de pire que de se rendre compte que cette belle valeur affichée n’était que de la poudre aux yeux…

Alors les RH ont évidement un très grand rôle à jouer quant à la place de la bienveillance en entreprise. Ambassadrices des valeurs de l’organisation et de son projet commun, elles ont en charge de propager la bienveillance si cette notion fait réellement partie de l’ADN de l’entreprise.

En ce qui concerne la personne qui tient le poste en RH, c’est souvent le cas, car ce poste nécessite de disposer de qualités composant la bienveillance : respect, humilité, empathie…

C’est là que l’on voit l’intérêt essentiel d’avoir réalisé un travail pour définir ses propres valeurs, et celle de l’entreprise, et ensuite vérifier leur concomitance. S’il y a trop grand décalage, ça coince !

Une qualité ou un défaut typiquement féminin ?

La bienveillance, la gentillesse, ce sont souvent des qualités que l’on entend à propos des femmes, alors a fortiori à propos des femmes RH. Bien loin des clichés que l’on entend parfois, ce métier est souvent choisi pour justement cette bienveillance naturelle qui caractérise ces femmes qui ont à cœur d’accompagner les collaborateurs dans leur carrière au sein de l’organisation et disposent dans beaucoup de cas d’une empathie naturelle leur permettant de rester à l’écoute des situations problématiques.

Mais si l’on fait le lien entre le cliché qui associe bienveillance, gentillesse et faiblesse, et le fait que la gentillesse serait une qualité typiquement féminine, on ne s’étonne pas que la carrière des femmes soit souvent entravée, ou rabaissée, ou les deux.

Pourtant, la bienveillance est un merveilleux atout en entreprise et n’est pas incompatible avec une carrière ambitieuse.

J’ai lu récemment le livre de Fran Hauser intitulé “le mythe de la “gentille fille”” et il m’a beaucoup aidée à poser des mots sur cette incompatibilité que l’on croit souvent réelle en tant que femme entre gentillesse et ambition. Les femmes ambitieuses étant souvent vues comme des garces arrivistes, on a tendance à rester en retrait, à miser sur notre côté affable et notre sens de la conciliation plutôt qu’oser donner notre avis, nous imposer en réunion ou exiger une augmentation.

C’est bien dommage sur un poste de RH qui dispose tout de même d’un certain pouvoir de décision, et c’est pour cela à mon humble avis que ce poste est si souvent destiné à des femmes en entreprise. Qualités “féminines” et crainte de s’imposer, permettent aux directions souvent masculines de conserver la mainmise sur ces femmes qui maintiennent comme elles le peuvent un climat serein tout en étant surs qu’elles ne viendront pas réclamer le pouvoir qui leur revient de fait.

Mais cette bienveillance dont dispose les femmes RH fait justement leur force. On oppose souvent ressources humaines et aide aux salariés, nous rétorquant “vous n’êtes pas là pour faire du social”, mais c’est faux. Les collaborateurs ne sont pas des robots, ont une vie en dehors de l’entreprise, une sensibilité propre, et c’est cette empathie, cette écoute et cette gentillesse qui va leur permettre de s’épanouir et par là d’être plus performant et donc de permettre à l’entreprise de grandir. C’est malheureusement une notion que bon nombre de managers devraient intégrer à leurs pratiques, mais l’humain a une certaine tendance à s’entêter dans des schémas qui ont pourtant prouvé qu’ils ne fonctionnaient pas.

Comment trouver son équilibre

Alors dans la pratique, comment pouvons nous, femmes, a fortiori RH, concilier gentillesse et carrière épanouie?

Fran Hauser nous donne quelques conseils :

  • admettre que gentillesse, force de caractère et ambition ne sont pas incompatibles : n’ayons pas peur de nous attribuer le mérite de nos idées, de monter au créneau même lorsque nous ne sommes pas totalement sures de nous, et trouver des opportunités qui serviront aussi bien à nous même qu’à notre entreprise.
  • être gentille ne veut pas dire chercher à plaire à tout prix. Ne soyons pas servile et ne disons pas oui à tout. En étant positive, honnête, serviable et humble, nous deviendrons naturellement des leaders respectés et aimables.

Franck Martin nous donne sa recette : avoir un cadre défini et ne pas laisser les autres dépasser ses propres limites. Si nous savons quelles sont nos priorités et que nous gardons notre cap, c’est là que nous passons de “trop gentille” à se faire marcher sur les pieds, à une personne bienveillante mais consciente de sa propre importance et de ses propres limites. Ce n’est pas de l’égoïsme.

  • prenons un air assuré et donnons notre avis. Attention aussi à ne pas employer d’expressions qui affaiblissent votre propos, comme dire ou écrire “désolée” sans réelle raison.
  • investir sur nous même : faire du réseautage, prendre le temps d’avoir en dehors de l’entreprise  un passe temps qui nous plaise…Cela plante des graines pour l’avenir.
  • s’entourer d’une équipe de confiance, avec des personnes qui nous encourageront toujours et serons prêtes à nous défendre, ou à nous aiguiller sur des domaines où nous avons des faiblesses. Pourquoi ne pas trouver ces personnes au sein de la Sororité RH? 😉

Et enfin, prendre des risques. Plus on tentera des choses qui nous paraissent impossibles, à force de se prendre de refus, ou à l’inverse de constater avec surprise que certaines demandes sont reçues positivement, plus cela donne de la force pour avancer et oser demander des choses.

En bref, investissons totalement notre carrière de femme, et cela profitera à tout le monde : à nous même, et à notre entreprise, car une femme épanouie c’est davantage d’idées innovantes, et une capacité à soulever des montagnes.

Et même au delà de ça, les RH étant le lien entre la direction et les collaborateurs, si elle même n’est pas en accord avec sa vision de sa propre valeur, comment pourra t’elle aider convenablement les autres à trouver et valoriser la leur, pour le bien de l’organisation ?

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