Charge mentale en RH : la double peine

C’est quoi la charge mentale?

La charge mentale, c’est l’ensemble des choses auxquelles vous devez penser dans votre journée pour la mener à bien et que toutes les taches que vous voulez voir réalisées, le soient.

Dans un foyer, la charge mentale ce sera donc, au delà du ménage et de la cuisine, toutes ces petites choses à penser : prendre un rendez médical pour l’enfant, programmer une machine, faire la liste des courses, prévoir les repas…

On parle à notre époque d’une amélioration du partage des taches ménagères dans les couples hétérosexuels (même si ce n’est pas encore gagné) mais il reste encore d’énormes inégalités en ce qui concerne la charge mentale.

Dans la majorité des foyers composés d’un homme et d’une femme (enfants ou non), c’est Madame qui se charge en effet de toute cette organisation au quotidien, et bien souvent de manière tout à fait naturelle. En effet, depuis notre plus tendre enfance, nous avons appris avec les femmes de notre entourage à programmer les machines en fonction des caractéristiques des habits, à les regarder faire la cuisine, à les aider dans les taches ménagères…Et petit à petit, à prendre en charge notre futur foyer. Jouant à dorloter des poupées quand nos frères jouaient à la guerre ou à l’espionnage, nous avons intégré ce que la société attendait de nous. Cela parait donc normal qu’une fois parties du foyer familial, nous reproduisions le même schéma si nous nous installons avec un homme. Et même pour celui ci, qui a souvent vécu tout seul sans faire brûler la baraque ou porter des fringues sales la moitié de la semaine, on observe qu’à l’instant où il emménage avec une femme, il se décharge avec soulagement de toute cette partie organisation du quotidien, et même de façon inconsciente.

La BD de l’illustratrice Emma sur le sujet illustre bien cette situation souvent peu évoquée par les premières concernées, ou qui si elles l’évoquent, ont du mal à se faire comprendre du sexe opposé.

Le compte Instagram “t’as pensé à” évoque lui aussi avec humour ce problème très actuel et offre soutien et solutions aux femmes voulant changer un peu les choses dans leur quotidien à la maison.

Mais d’où ça vient?

Cette notion de charge mentale arrive à la base du monde du travail. En effet, les théories managériales ont posé la théorie comme quoi il existe une charge physique, et une charge mentale. La charge physique est assez simple à mesurer mais la charge mentale dépend de multiples facteurs et est donc beaucoup plus complexe.

Cette charge mentale professionnelle est l’ensemble des opérations mentales effectuées par une personne dans le cadre de son activité. Suivant la polyvalence, la complexité et/ou la rapidité demandée, elle peut occasionner du stress pouvant aller jusqu’au burn-out. Et elle est cumulative tout au long de la vie professionnelle !

Une étude de fin 2017 menée par la DARES révèle que 44% des salariés déclarent penser à trop de choses à la fois.

Plusieurs facteurs peuvent aggraver cette charge : concentration requise, adaptation demandée, pression psychologique, rapidité attendue, fait de devoir gérer des conflits, métiers relationnels, violences internes…

Mais d’autres facteurs peuvent l’améliorer : soutien social, reconnaissance des supérieurs, des collègues, plaisir ressenti à réaliser ses taches…

Si elle n’est pas reconnue et gérée, cette charge mentale peut avoir des répercussions physiques comme des troubles musculo-squelettiques, gastro-intestinaux, cardiovasculaires, psychiques comme de la fatigue chronique, des crises d’angoisse, une dépression, et même des troubles du comportement : troubles alimentaires, consommation de médicaments, d’alcool, de tabac, isolement social… Cela peut aussi bien sur occasionner de mauvaises décisions, des erreurs d’exécution, etc.

Pas très réjouissant tout ça !

En quoi ça concerne les RH?

Le métier de RH est une fonction qui concentre beaucoup de ces facteurs de charge mentale que nous venons d’évoquer : polyvalence dans les taches, rapidité d’exécution, relationnel, conflits à gérer…

Cette fonction concentre quasiment tous les stress possibles ! Ce sont donc des personnes particulièrement exposées et à surveiller de ce point de vue.

De plus, nous le savons, c’est une fonction très féminisée. Nous avons donc des femmes RH qui doivent gérer une charge mentale très importante dans leur poste, et quand elles rentrent à la maison, qui les y retrouve? Cette charge mentale, à nouveau, la personnelle cette fois !

C’est donc une double peine que nous vivons en tant que femme travaillant en RH.

Dans leur métier, elles sont particulièrement touchées car prises en étau entre performance et QVT. Une multitude de dossiers est à gérer en même temps, souvent très rapidement, le droit social évolue très vite et elles doivent donc rester à la page.

De plus, on a souvent tendance à ne pas le voir, mais les personnes souhaitant travailler sur cette fonction sont souvent des gens très empathiques. Comme beaucoup d’autres, ce qui m’a portée pour choisir ce métier, c’était la volonté d’accompagner, d’être utile, d’être un soutien au quotidien. J’ai vite déchanté à la vue du travail colossal à réaliser avant même de pouvoir discuter deux minutes avec un collaborateur…Ne parlons pas de prendre une pause, malheureuse !

La RH se doit souvent de renvoyer une image de wonder woman, de “femme parfaite”. Elle gère son intérieur et son foyer comme une petite fée du logis, et au boulot, c’est pareil, en plus d’être la pro de l’administratif, elle est aussi toujours prête à rendre service, de bonne humeur chaque jour de l’année, sait désamorcer les conflits, ne fait jamais d’erreur dans quoi que ce soit, et arrive à concilier avec brio les intérêts de tous les acteurs de l’entreprise. Et elle travaille souvent seule. Comment ne pas péter un plomb?

Ces femmes sont souvent beaucoup trop centrées sur les autres et pas assez sur elles mêmes. On leur a demandé d’être la responsable en titre de leur foyer, et on attend d’elles encore plus dans leur travail. Ce n’est pas gérable en restant positive et en gardant le sourire, si ce n’est un sourire de façade. Ne nous étonnons pas que le métier souffre d’une image si négative.

Pour peu que la RH soit mère, c’est le pompon : Maman à la maison, Maman à l’entreprise…j’avais parlé du syndrome de la Maman dans un précédent article si ça vous intéresse.

A l’époque où nous vivons, il devient primordial d’évoluer sur ces problématiques car l’instantanéité des nouvelles technologies crée aujourd’hui de plus en plus l’illusion que tout est urgent et important, et l’effacement des frontières entre vie professionnelle et personnelle devient un facteur de stress pour beaucoup de collaborateurs, dont les RH bien entendu. Ajoutez cette perte de sens que nous voyons de plus en plus, les interruptions fréquentes et le travail en mode multi-tâches…Sacré tableau.

Evidemment, c’est compliqué de juger pour autrui de sa charge mentale. Suivant sa personnalité, sa situation, sa relation au travail, chacun et chacune voit la charge mentale à sa manière et peut la vivre de manière plus ou moins positive.

Comment améliorer la situation

Mais si vous vous reconnaissez dans la situation que nous venons d’évoquer, que faire alors?

D’abord, faites votre auto-diagnostic. Comment vous sentez vous sur votre poste actuellement, êtes vous stressée, et pourquoi? Qu’aimeriez vous changer, améliorer, sur quoi vous aimeriez passer moins de temps?

Certains signes doivent aussi vous alerter : boule au ventre le matin en arrivant, troubles du sommeil, crises de larmes, palpitations, sentiment de culpabilité, impression de n’avoir rien fait de sa journée…L’idée étant de ne pas arriver au burn-out pour réagir !

Ensuite, et ce conseil vaut aussi pour sa vie personnelle : on communique. Le pire est de rester dans son coin avec sa charge mentale et espérer que les autres s’en rendent compte. Laissez tomber cette idée tout de suite, ils ont leurs propres soucis. Alors on explique ce qu’est la charge mentale, on demande aux collègues comment ils gèrent, on en parle aux supérieurs : aucune honte avec ça. J’ai une forte tendance à avoir ce problème et à rester dans mon coin avec mes soucis. Avec le temps, j’ai compris que ça ne servait à rien, et sur un poste où j’avais beaucoup trop à faire et où j’enchainais les crises de nerfs, je m’en suis ouverte à mon directeur et nous avons revu mon poste, me supprimant les taches les moins importantes et j’ai pu être aidée par l’assistante de direction qui (je l’ignorais) avait un creux de charge. Problème résolu !

Ensuite, on traque les contraintes qui font perdre du temps inutile, comme les reportings en doublon, les process à supprimer, on optimise les outils informatiques, on s’aide d’outils digitaux innovants…

On peut aussi établir la liste de ses outils d’efficacité professionnelle : organisation, planification, procédures, délégation…La matrice d’Eisenhower que vous connaissez surement est très efficace pour déterminer quoi faire en fonction du degré d’importance et d’urgence d’une tache.

On pense aussi aux obstacles à la concentration , qu’ils soient externes comme les interruptions, le travail en multi taches, ou internes : pensées parasites, émotions, addictions à certains outils ou processus…

On peut s’inspirer de techniques prouvées de concentration, comme la méthode Pomodoro.  

En dehors de ça, on hésite pas si besoin à couper le téléphone pour quelques heures, à fermer la porte et à demander à ne pas être dérangée pendant tel laps de temps, à définir une plage horaire téléphonique pour les salariés…

Et n’attendez pas la permission pour le faire. Mieux vaut s’excuser après que demander avant et ne jamais rien obtenir, attendre et s’en servir inconsciemment plus tard comme excuse type “j’attendais le retour de mon chef mais il n’a jamais donné son feu vert”. Vous êtes suffisamment autonome et adulte pour gérer une fonction aussi stratégique que les RH comme vous l’entendez.

L’entreprise ne s’écroulera pas si tel manager attend un jour ou deux son tableau Excel, ou si un mail reste quelques heures sans réponse.

En bref, reprenez le contrôle de votre poste et de votre stress.

Pensez aussi à laisser de la marge de manœuvre aux autres pour prendre en charge des choses et pour vous aider (ça vaut aussi pour le travail à la maison), osez dire que vous ne pouvez pas tout gérer, personne ne vous demande d’être une super héroïne. Vous n’avez pas à dire oui à tout, à être responsable de tout. On a le droit de dire non, et on a le droit de dire “je ne sais pas”.

Relativisez et acceptez de ne pas être parfaite. Il s’agit d’apprendre à tempérer le perfectionnisme et les excès du besoin de contrôle.

Enfin, créez vous des rituels pour passer d’une sphère à une autre. Réinstaurez si ce n’est pas fait des frontières vie professionnelle / vie personnelle. Quand on sort du bureau, il y a suffisamment à faire à la maison pour ne pas se rajouter du stress. Aménagez vous des temps pour vous, à la pause déjeuner, le soir, le weekend, prenez soin de vous, de votre corps, de votre psychisme, en faisant une activité qui vous plait, du développement personnel…Ecrire par exemple, aide beaucoup à réduire le stress au quotidien et à sortir de sa tête ce qui nous tracasse pour se concentrer sur le moment présent.

N’hésitez pas à lâcher prise et à vous recentrer sur vous. N’oubliez pas : vous êtes plus importante que votre poste.

Sources :

https://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/charge-de-travail-a-chacun-sa-mesure_1766514.html

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