Le féminisme dans les RH

Le courant féministe dont nous commençons à parler sérieusement depuis quelques années nous permet de réfléchir différemment à de nombreuses problèmatiques, et je me suis aussi questionnée sur ce que ça nous permettait de prendre en compte dans les Ressources Humaines. Comme les autres, ce métier est touché par les inégalités de genre. Je vous explique aujourd’hui pourquoi, et comment avancer sur la question.

Les cordonniers sont-ils les plus mal chaussés?

On le sait, c’est souvent les RH qui gèrent les problèmatiques du type inégalités salariales, qui rédigent les accords sur ces sujets, qui réalisent les bilans sociaux… Mais saviez vous que c’est aussi un des métiers les plus touchés par ces mêmes inégalités?

Par exemple, dans les services administratifs, l’écart salarial atteint en moyenne 15%. Mais dans les postes de direction, tenus à 65% par des femmes, on monte à 20% d’écart…Et la situation ne fait qu’empirer. Les RH auraient-ils du mal à s’appliquer les accords qu’ils mettent eux mêmes en place?

Aussi, beaucoup de femmes RH estiment qu’il existe dans cette fonction aussi un plafond de verre qui peut freiner leur progression professionnelle. Même dans cette profession extrèmement féminisée, les hommes seront plus souvent poussés à prendre des responsabilités.

On observera également plus de femmes à temps partiel, ou sur des postes précaires.

Alors ces chiffres ne font pas surprendre grand monde je pense. On sait qu’il existe des inégalités de genre dans tous les métiers, les RH avaient peu de chance d’être épargnés. Mais comment expliquer un tel phénomène dans un métier composé en majorité de professionnelles féminines?

Un schéma construit depuis l’enfance

Il se trouve qu’au sein d’une profession présentant autant de spécialités différentes (recrutement, paye, relations sociales, administratif, statistiques, juridique, et j’en passe), les hommes et les femmes ne sont pas dirigés, ou ne choisissent pas du moins les mêmes domaines.

En grossissant le trait, on voit beaucoup de femmes se diriger naturellement vers des spécialités “plus douces” telles que le recrutement, le développement RH, l’administratif, tandis que les hommes vont être plus présents dans le conseil, les relations aux syndicats, et les postes de direction, en gros les postes où il s’agit d’avoir “plus de poigne”. Un métier de vrai mec quoi !

Et donc les différences de rémunération ne s’expliquent pas parce leur tête ne revenait pas au patron, mais parce que les salaires vont être attribués en fonction de la difficulté associée à chaque spécialité. Et il se trouve que logiquement, un poste de direction va être mieux rémunéré qu’un poste d’assistante. Moins logiquement, des postes orientés “chiffres” comme l’expertise RH, le SIRH, vont toucher plus que les personnes aux postes liés à l’écoute, à la gestion des compétences, au recrutement…Des postes qui demandent plus de sensibilité, d’empathie, de consensus. Des postes plus fréquemment tenus par des femmes, ces qualités étant associés dans notre société à un caractère “féminin”. (spoiler : aucune étude biologique ne peut prouver que le cerveau féminin permet d’être plus sensible que le cerveau masculin).

Et comme les jeunes profesionnel.le.s continuent d’être dirigé.e.s en fonction de leur genre (même parfois supposé) vers telle ou telle spécialité, les inégalités perdurent. Rajoutons à ça le fait que dans tout métier, on va attendre de la femme de réduire son temps de travail pour s’occuper de ses enfants, que le fait de prendre un congé maternité réduit les possibilités d’évolution, qu’elles sont discriminées à l’embauche en raison de leur genre…Vous voyez le tableau.

Mais même de notre côté, nous participons à ces clichés. Je ne veux en aucun cas vous (et moi aussi du coup) accabler, c’est sociétal : les femmes vont naturellement se diriger vers les Ressources Humaines car on leur a fait comprendre qu’il était bien vu de vouloir aider son prochain, de s’occuper des autres, d’être dans l’écoute et l’empathie…et au final, de s’occuper de son service RH comme d’un foyer, d’être une sorte de “maman bis” qui nous pousse à ne jamais dire non, à rendre service, car sinon on est “pas gentille” (spoiler 2 : gentille n’est pas une profession).

De l’autre côté, on poussera les garçons à se dépasser, à aimer l’argent, et à devoir subvenir aux besoins de sa famille. Toujours ce cliché de maman à la cuisine et papa au travail…Ce qui explique ces inégalités salariales qui perdurent.

Mais je le confesse, j’ai réalisé le même schéma ! Depuis toute jeune, je me dirigeais vers le domaine du social, j’ai voulu être assistante sociale, psychologue, puis j’ai découvert les RH et la possibilité de lier mon intéret pour la gestion et pour l’aide sociale. C’était également un métier assez “sérieux” pour rassurer mon entourage, alors c’était une voie parfaite pour moi. Je ne le regrette pas, j’aime énormément ce métier. Mais c’est intéressant de se rendre compte que mon choix n’a pas été uniquement dicté par ma seule volonté.

Au final, choisis t’on réellement notre métier? Ne sommes nous pas dirigés et dirigées par la société et ce qu’elle attend de nous?

Et comment aujourd’hui faire bouger un peu les choses ? Comment se revendiquer féministe en entreprise, quand le mot en encore fortement connoté? Comment gérer un patron ou des collègues misogynes?

Comment faire avancer le sujet

La première chose et vous avez commencé (ou continué, si vous étiez intéressée au sujet avant de lire cet article) à le faire, c’est de prendre conscience du problème et de se renseigner. Les mécanismes d’ingalités de genre sont complexes et souvent liés à des stéréotypes associés aux personnes selon leur genre réel ou supposé.

N’hésitez pas à vous documenter davantage, à lire, à en parler avec des personnes ouvertes et bienveillantes . Sur le groupe de la Sororité par exemple ! Je suis également toute à votre écoute pour échanger sur ce thème.

Ensuite, n’ayez pas honte d’être féministe. Le féminisme c’est simplement revendiquer une équité qui devrait depuis longtemps être atteinte. Et sans le féminisme, nous n’aurions pas le droit de vote !

Enfin, ne vous laissez pas faire. Refusez quand on vous demande une chose qui ne correspond pas ou plus à vos valeurs. En fait, il faut tenir son poste comme si nous n’avions aucune peur de le perdre. Il vous faut agir comme si ça n’avait aucune importance de se faire virer. Si ça arrive, d’ailleurs, c’est une bonne nouvelle, vous aurez possibilité de trouver une entreprise plus en accord avec vos valeurs.

Quel intéret de travailler dans une entreprise où vous vous sentez mal car vous savez que votre collègue masculin a plus de responsabilités, ou est mieux payé que vous sans raison autre que son genre?

Ne restez pas silencieuse. C’est malheureusement synonyme d’adhésion.

Merci de m’avoir lue sur ce sujet sensible. Que pensez vous de ce thème, avez vous du vécu à raconter?

Sources : http://www.mondedesgrandesecoles.fr/les-femmes-sont-elles-meilleures-que-les-hommes-en-rh-et-communication/

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-ressources-humaines-une-activite-tres-feminine-ou-les-hommes-sont-mieux-payes-1314512.html

https://www.foxrh.com/single-post/2018/05/15/57-Grande-enqu%C3%AAte-RH-la-place-des-femmes-dans-la-fonction-RH

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