Spécial 8 mars : Pourquoi y a t’il encore des inégalités salariales en 2019?

Qui n’a jamais entendu dire à propos des inégalités salariales “ce n’est pas vrai ces 25%, dans ma boite mes collègues féminines sont payées comme moi”?

C’est parce que les mécanismes des inégalités salariales sont beaucoup plus compliqués et pernicieux qu’il n’y parait…

Ce chiffre d’environ 25% s’explique si l’on considère l’ensemble des données de carrière :

car les femmes choisissent ou subissent plus d’emplois à temps partiel (33% des mères de famille travaillent à temps partiel, contre seulement 4 % des pères en moyenne), ce sont elles qui s’absentent le plus pour les départs en congé maternité, congés parentaux, absences pour enfants malades…

Faire des enfants fait perdre plusieurs années aux femmes en terme d’avancement ou d’augmentation salariale.

Pour preuve, les femmes partent en moyenne à la retraite un an plus tard que les hommes, avec des droits à la retraite inférieurs de 42 %.

De nombreuses discriminations à l’embauche sont encore observées, les femmes ont plus de difficultés à trouver un emploi que les autres et sont souvent vues à travers le prisme de leur physique pour les postes de représentation et d’accueil notamment. De plus, la fameuse question des enfants à venir est plus fréquente qu’on a tendance à le croire. Encore très peu de dirigeants vont être prêts à engager une femme enceinte, voire en âge de procréer…Cela implique de nombreuses années de difficultés pour une demandeuse d’emploi !

De plus, les femmes ont une certaine tendance à se dévaloriser : elles demandent moins d’augmentations (Les hommes seraient 9 fois plus prompts à négocier leur salaire que les femmes selon une étude de 2007), moins de statuts cadres (on compte 20,5% d’hommes cadres contre 14,7% de femmes cadres en 2018) et vont se diriger vers des “métiers de femme” qui traditionnellement payent moins : social, enseignement, assistanat, les ingénieures vont se diriger vers la qualité, les gestionnaire vers les ressources humaines…Il y a également plus de femmes dans le secteur public : la fonction publique compte 62 % de femmes contre 44 % dans le secteur privé.

L’accessibilité de chacun.e à n’importe quel métier a progressé mais ce n’est pas encore parfait de ce côté là. Dans les faits, en tant que recruteuse, j’observais par exemple 90% de candidatures masculines pour un poste de commercial.e et 90% de candidatures féminines pour un poste d’assistant.e commercial.e. Et que répondre à ce moment là à la direction qui répond “je veux bien engager des femmes mais elles ne postulent pas !”

C’est surtout une histoire de perception de sa légitimité : une femme ne répondra par exemple à une offre d’emploi que si elle possède au moins 80% des compétences demandées. Un homme se contentera de 25%. 

Même chez les médecins, les femmes vont avoir tendance à privilégier les spécialités avec le moins de gardes et les hommes vont choisir plus facilement des postes avec des astreintes fréquentes, et s’assurer ainsi un meilleur salaire.

Mais une fois expliqués tous ces points, il reste encore environ 9% d’inégalités salariales qui sont dues à des discriminations pures…

Pour combattre ce 9% « inexpliqué », le gouvernement met en place à compter de mars un index d’égalité salariale femme-homme. Les entreprises seront notées sur 100 points en fonction des rémunérations, des promotions, des augmentations, et de la gestion des retours de congés maternité. Les mauvais élèves auront trois ans pour se mettre en conformité avec la loi sinon des amendes tomberont. L’initiative est louable mais espérons que les résultats seront concrets et ne resteront pas simplement une apparence.

Les inégalités sont constatées dans le monde du travail, et les stéréotypes peuvent naître au sein des milieux familiaux, mais le système éducatif français est fréquemment pointé du doigt car l’école est responsable de certains de ces stéréotypes. En effet les filles vont être plus souvent dirigées vers des filières conduisant à des métiers moins rémunérateurs et on va pousser les garçons à se dépasser, à faire entendre leur voix et à accorder plus d’importance à leur salaire. En effet, si le tabou du dialogue autour de l’argent est très présent en France, il l’est encore plus dans le discours des éléments féminins.

Alors qu’à l’école les filles ont souvent de meilleurs résultats. Et il est particulièrement étonnant de constater encore autant de stéréotypes quand on sait que beaucoup de professeurs sont des femmes, qui sont souvent sensibilisées à ce type de problématiques. C’est dire si les clichés sont bien implantés…

Mais tout vient de l’aplomb et de la confiance en soi. Les femmes ne demandent rien et souffrent fréquemment de syndrome de l’imposteur, ce doute maladif qui consiste à nier la propriété de tout accomplissement personnel et à se penser incompétent en toute circonstance. J’ai fréquemment observé ce syndrome auprès de mes collègues féminines, certaines se dévalorisant à l’extrême après un parcours exemplaire, souvent sans même s’en rendre compte, face à leurs collègues masculins fraîchement débarqués et prêts à conquérir le monde !

De nombreux stéréotypes sont encore associés aux hommes et aux femmes. Une fille se doit par exemple d’être douce, gentille, avenante, modeste… Une femme qui a de l’ambition et souhaite devenir cheffe d’entreprise par exemple, sera plus souvent considérée comme orgueilleuse. Et sans surprise, les femmes représentent aujourd’hui 27,2% des dirigeants d’entreprise en France, contre 72,8% d’hommes.

Les filles vont être saluées si elles font le choix d’un emploi moins prenant pour s’occuper de leur famille ou si elles font le choix de suivre leur mari en cas de mobilité désirée ou imposée. L’inverse choque encore, il n’est pas rare pour un homme d’entendre dans ce cas qu’il est dirigé par sa femme !

Alors, aujourd’hui les solutions c’est quoi ?

En amont, auprès des enfants et des écoliers, collégiens, lycéens, encourager chacun et chacune à se diriger vers la filière de son choix, combattre le stéréotype de la fille nulle en mathématiques et du garçon qui n’aime pas lire.

En tant que parent, ne pas projeter sur son enfant son propre parcours.

Au sein du monde du travail, au delà de bien évidemment ne pas discriminer à l’embauche, ne pas poser la question des grossesses en entretien et de payer ses salariés de façon égale, il est primordial de réaliser de véritables campagnes salariales et reconnaître les qualités de chaque salarié.e, augmenter les uns et les autres non pas parce qu’ils l’ont réclamé mais parce qu’ils l’ont mérité. En outre, combattre le cliché de la jeune et jolie assistante et du commercial viril, de la secrétaire de direction aux petits soins et de l’ouvrier costaud. A notre époque en pleine mutation, il est plus que temps de changer ces façons de penser.

Enfin, reconnaître le bénéfice financier de tout le travail familial qui est pour le moment bénévole, sensibiliser chacun à ces problématiques, légiférer sur le congé paternité. Il doit être aussi long que celui de la mère, l’enfant est conçu à deux, il s’élève à deux.

Aujourd’hui l’enjeu, c’est d’enfin briser ce plafond de verre et ne plus jamais entendre “vous souhaitez être augmentée? Mais votre mari gagne bien sa vie ! Pourquoi en auriez vous besoin?”

Voyez vous d’autres solutions à évoquer?

Sources : https://www.gpomag.fr/web/etudes/les-femmes-et-l-entrepreneuriat-en-2019

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/07/les-inegalites-hommes-femmes-en-12-chiffres-et-6-graphiques_5090765_4355770.html

https://www.blog-emploi.com/chiffres-inegalites-h-f/

https://www.lexpress.fr/emploi/les-femmes-manquent-elles-d-ambition_1080333.html

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